• Agressivité et petite enfance : Normal ou pas?

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    Agressivité et petite enfance
    De nos jours, le développement de l’enfant est un sujet qui occupe une place importante au sein de la société. En fait, de plus en plus d’études dans le domaine de la psychologie tendent à consacrer leurs recherches sur des thèmes tels que l’attachement, le concept de soi, l’hyperactivité ou encore le déficit d’attention.

    Elles tentent également de comprendre l’incidence de l’environnement dans lequel évolue l’enfant sur son développement, et ce, tant sur le plan cognitif que social ou affectif. C’est pourquoi la période de la petite enfance est analysée sous différents angles, et plus spécifiquement ceux étant reliés aux manifestations comportementales, dont l’agressivité des enfants en bas âge.

    Agressivité en bas âge

    Tout d’abord, il est à noter que l’agressivité chez les jeunes enfants est une manifestation comportementale dite «normale» et fréquente, puisqu’elle relate d’un instinct primitif de survie visant tout simplement la réponse à un besoin vital et immédiat.

    En fait, le cerveau de l’enfant d’âge préscolaire est encore très immature, impulsif et égocentrique. Il répond à ses désirs de manière spontanée, c’est-à-dire qu’il agit sans réfléchir, selon ses pulsions, et ce, parce qu’il n’a pas encore développé de stratégies efficaces d’autocontrôle lui permettant de réguler ses émotions. Les tout-petits, majoritairement entre l’âge de 2 et 4 ans, usent souvent d’une agressivité dite instrumentale, soit une agressivité dirigée vers un autre enfant ou une autre personne dans le seul but de posséder le jouet ou l’objet convoité.

    Le geste «violent» utilisé à ce moment, que ce soit frapper, mordre, crier ou lancer, n’est aucunement fait dans l’optique de blesser ou de faire du mal à autrui, mais bien dans le but de répondre à un besoin, une pulsion, un désir qu’est la possession. Dans le même ordre d’idées, les «jeux de bataille» sont également fréquents et naturels chez les enfants en bas âge, car ce sera par l’intermédiaire de ces jeux que les enfants apprendront à reconnaître leurs limites physiques, leurs niveaux de frustration et que débutera l’acquisition de stratégies d’autocontrôle menant à la maîtrise de leurs émotions. Qui plus est, l’agressivité en petite enfance est nécessaire au développement de saines habiletés sociales, puisque c’est à travers les conflits vécus que l’enfant apprendra la résolution de problème, la communication non-violente, le partage, et ce, bien entendu, grâce au soutien et à l’accompagnement des parents et des éducateurs.

    Difficulté de communication?

    Une autre raison pouvant expliquer les manifestations comportementales agressives et inadéquates chez les enfants en bas âge est la difficulté de communiquer ou de s’exprimer de manière convenable. En fait, le développement du langage diffère grandement d’un enfant à l’autre et c’est pourquoi il n’est pas rare de constater que des enfants du même âge n’aient pas nécessairement atteint le même niveau de communication. Donc, un enfant qui n’est pas en mesure de dire avec des mots ce qu’il veut ou ce qu’il ressent, le fera à l’aide de gestes agressifs innés, soit des comportements automatiques de protection et de survie. Qui plus est, un enfant aux prises avec un retard de langage accumule beaucoup de frustrations, d’incompréhension et de colère qui sont, à cet âge, des émotions s’accompagnant la plupart du temps de manifestations comportementales agressives.

    Développement affectif et concept de soi

    Tel que mentionné à quelques reprises dans le présent article, la période de la petite enfance, plus précisément entre 2 et 4 ans, est caractérisée par de grands bouleversements et changement sur le plan affectif, et ce, en grande partie à cause du développement des émotions et de l’émergence du concept de soi. Les émotions sont en fait de petits signaux émis par le cerveau qui permettent à l’enfant de différencier les situations pouvant être potentiellement «dangereuses» ou inconfortables de celles qui ne le sont pas.

    Toutefois, en bas âge, il n’est pas toujours facile d’apprendre à reconnaître et gérer ces dites émotions, tout comme il n’est pas de tout repos pour des enfants de vivre au quotidien avec des fluctuations émotives comparables à des montagnes russes. Le fait que le cerveau soit mobilisé à équilibrer et doser les niveaux d’intensité des émotions explique que les enfants en bas âge soient plus impulsifs, impatients et que leur seuil de tolérance aux situations perturbantes soit plus faible. Cela explique également pourquoi les jeunes enfants usent plus souvent de comportements innés qui demandent moins d’énergie et de concentration, soit des gestes d’agression tels que frapper ou mordre.

    En ce qui concerne l’émergence du concept de soi, la période de la petite enfance voit apparaître des traits d’affirmation et d’individuation chez les jeunes enfants qui sont caractérisés par des crises de colère, d’opposition ou de provocation, ainsi qu’un désir et un besoin d’autonomie omniprésent. En fait, à cause de ce besoin d’autonomie, les enfants sont portés à vouloir explorer d’avantage leur environnement, ainsi qu’à tester les limites de l’autorité parentale et c’est donc, durant la période de la petite enfance, que les parents ont tendance à instaurer un cadre plus stricte à la maison, soit des consignes claires à respecter. Ce sont, en grande partie, ces nouvelles «restrictions sociétales» qui augmentent la frustration et le niveau de colère chez les enfants en bas âge, encore souvent trop jeunes pour s’exprimer adéquatement, qui se manifestent par des crises, des pleurs, des cris ou des gestes d’agression tels que frapper ou mordre.

    En conclusion, les gestes agressifs en petite enfance sont non seulement «normaux», mais également nécessaire au développement des habiletés sociales chez les enfants en bas âge. Ces gestes sont beaucoup plus présents vers l’âge de 2 ans et tendent à diminuer aux alentours de 3 à 4 ans. L’immaturité du cerveau, l’impulsivité et la fluctuation d’émotions émergente en petite enfance expliquent l’augmentation des gestes d’agressions, tout comme le besoin omniprésent d’autonomie et l’émergence du concept de soi. Il est toutefois primordial en tant que parents de soutenir et d’accompagner les jeunes enfants dans l’apprentissage des conduites sociétales adéquates et dans l’adoption de comportements pacifiques, et ce, en forgeant un lien affectif solide avec votre enfant, en favorisant des activités visant à bâtir une saine estime de soi, ainsi qu’en maintenant un cadre cohérent à la maison.