• Quand l’enfant docile rencontre l’enfant roi…

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    Violence chez les adolescents

    La violence conjugale est un mal complexe: problèmes de santé mentale, médication qui provoque des débalancements de l’humeur, alcoolisme, toxicomanie, souffrances prenant source dans l’enfance, et d’autres facteurs peuvent entrer en jeu.  Mais en tant qu’éducatrice spécialisée et coach familial, je me sens interpellée par une dynamique que je remarque fréquemment, et sur laquelle les parents et les intervenants peuvent avoir un certain impact : celle de la dynamique de couple de l’enfant docile qui croise l’enfant roi, une fois adolescents ou adultes.  Une dynamique qui a tout le potentiel de devenir abusive !  *À noter que la victime et l’abuseur peuvent tous deux être féminins ou masculins, tant pour la violence psychologique que physique, même si les actes de violence graves sont majoritairement perpétrés par des hommes…

    Pour vous aider à comprendre la dynamique qui s’installe entre ces deux enfants qui ont grandi, décrivons tout d’abord l’enfant docile.  C’est l’enfant jovial, souriant et attentionné que les enseignants adorent : « J’en prendrais 50 comme ça dans ma classe ! ».  Ces enfants ne sont jamais impliqués dans des conflits… d’ailleurs, ils ne semblent pas savoir ce que c’est tellement, il est facile pour eux de faire comme les autres veulent.  Ayant un grand désir de plaire, ils ont été valorisés pour leurs grandes qualités humaines et leurs tempéraments faciles à vivre, souvent en opposition avec un autre enfant de la maisonnée qui lui, donne du fil à retordre aux parents et à l’école.

    Quant à l’enfant-roi, c’est l’enfant chéri, à qui on a voulu donner le meilleur et éviter de vivre des frustrations… Eh bien c’est raté !  C’est l’enfant le plus frustré que vous aurez l’occasion de rencontrer, puisque dès que tout ne tourne pas comme il le veut, il se retrouve dans un état de détresse intérieure tel, qu’il ne maîtrise pas sa colère.  Et pour cause : il n’a jamais appris à composer avec des frustrations !  Habitué à obtenir ce qu’il veut auprès de ses parents en insistant, en manipulant ainsi qu’en utilisant les menaces et la violence, il a appris que toutes les stratégies sont valables pour obtenir ce qu’il veut !

    Quelques années plus tard, lorsque l’enfant docile et l’enfant roi se rencontrent, quelque chose de magique se produit : l’enfant roi ne s’est jamais senti aussi bien compris que par l’enfant docile qui se sent valorisé de cette confiance et cet amour que l’enfant roi ne semble pas accorder à n’importe qui…  alors qu’au contraire, c’est plutôt parce que ce n’est pas n’importe qui, qui peut apprécier cet être capricieux et tyrannique !  Conciliant de nature, l’enfant docile accepte de faire comme l’autre veut puisque ça lui est égal.  Puis, une crise arrive.  Il se demande ce qu’IL a bien pu faire de travers, et l’enfant roi ne se gêne pas pour l’aider à prendre la responsabilité de sa propre colère…  avant de s’excuser.  Et s’installe insidieusement le cycle de la violence (psychologique ou physique) : climat de tension, explosion ou crise, justification, lune de miel… Et c’est parti !  En boucle, de plus en plus serrée.  De quoi rendre fou ou avoir l’impression de l’être ! Surtout que la victime a souvent été isolée de son entourage de façon graduelle (« Tes parents sont vraiment contrôlants »; « Ton amie Marie est vraiment étrange… »; etc.) ce qui l’empêche d’avoir un regard extérieur qui pourrait semer le doute et l’encourager à ne plus tolérer.

    En tant que parents, que peut-on faire pour prévenir cette dynamique ?

    Si vous avez un enfant docile… renoncez à la facilité !

    • Apprenez-lui à faire des choix, donner son opinion, assumer ses préférences;
    • Évitez de valoriser sa docilité : c’est agréable à vivre pour la famille et l’école, mais ça ouvre la porte aux abus !
    • Encouragez-le à s’affirmer : dites-lui qu’il a le droit de ne pas être gentil avec les gens qui ne le respecte pas ! Précisons quand-même ce qu’est un manque de respect : paroles méchantes, manipulation, geste déplacé, harcèlement, intimidation, etc.
    • Observez-vous : avez-vous tendance à être exigeant, que ce soit envers l’enfant ou envers vous-même ? Même si vous n’êtes pas exigeant envers l’enfant, il se pourrait qu’en vous voyant culpabiliser pour vos écarts, il en déduise qu’il faut toujours être gentil et parfait !
    • Ne laissez pas les frères et soeurs entrer dans la dynamique de l’ange et du démon : si un de vos enfants vous donne du fil à retordre, demandez du soutien. Lorsqu’il deviendra un peu plus calme, il y a fort à parier que votre petit ange devienne un peu plus turbulent… ce qui est une excellente chose !

    En suivant ces conseils, vous éviterez que votre enfant devenu adulte se retrouve devant un/e psychologue qui, comme celle de mon amie, lui dira : « Vous avez appris à tolérer l’intolérable depuis votre enfance… Voilà pourquoi vous avez accepté des choses que d’autres n’auraient jamais acceptées. ».

    Si vous avez un enfant roi : il n’est jamais trop tard pour bien faire !

    • Commencez à dire non : choisissez une ou deux situations où vous ne cèderez plus afin qu’il apprenne à composer avec les frustrations. Lorsque vous aurez réussi, augmentez le nombre de demandes auxquelles vous ne céderez plus.
    • Lorsqu’il argumente ou insiste, faites-le patienter : augmentez graduellement les conséquences (10 minutes de moins d’écran, 5 minutes plus tôt pour le coucher, etc), ou dites-lui que ce sera automatiquement « non » dans ces situations.
    • Accompagnez-le dans la gestion de ses frustrations. Demeurez bienveillant, chaleureux, compatissez avec le fait que c’est difficile pour lui, mais laissez-le gérer sa frustration… tout en gérant votre malaise !
    • Apprenez-lui à exprimer sa colère de façon socialement acceptable. Quelques suggestions : laissez-le déchirer ou lancer des boules de papier, proposez-lui de s’occuper à quelque chose qui le calme, encouragez-le à sortir faire du sport, enseignez-lui des techniques de respiration, etc.
    • Après l’avoir aidé à trouver des moyens pour gérer ses frustrations, jouez à des jeux et faites-le perdre : dans ces situations, rappelez-vous que vous jouez pour lui enseigner à gérer ses émotions, et non pour passer un bon moment en famille.
    • Si les comportements sont bien ancrés, demandez l’aide d’un professionnel puisqu’il se pourrait qu’il soit très difficile de renverser la vapeur. Il se pourrait aussi que certaines de vos blessures du passé vous empêchent d’imposer des limites à votre enfant, et qu’il soit nécessaire de consulter pour vous en libérer afin d’arriver à bien jouer votre rôle de parent.

    Ah ! Je vous entends ! « Hé que ça n’est donc pas simple d’élever des enfants ! »  Je vous le concède : même lorsqu’on a tout fait pour que ça se passe bien, même lorsqu’on croit que tout va comme sur des roulettes parce que nos enfants ne font pas de vagues, il faut demeurer vigilant.  Visez le juste milieu : un enfant qui s’affirme sans écraser les autres.  Et si vous vous trompez… eh bien, réajustez-vous !  C’est aussi simple que ça !

    Pour que la violence cesse, il faut d’une part éduquer les abuseurs, et d’autre part, éviter de valoriser la docilité de ceux qui pourraient devenir leurs victimes…