• L’égo de parent face aux performances sportives de leur enfant

    Sport et performance chez les jeunes

    Nos enfants participent de plus en plus jeune à des activités sportives. Dès l‘âge de 3 ans, nous pensons déjà les inscrire dans une activité physique. Le sport est une plate-forme idéale pour permettre à nos enfants de se développer à différents niveaux. Au niveau physique, il permet de demeurer actif et de développer les habiletés motrices (coordination, force et souplesse). Au niveau psychologique, on touche plutôt la confiance en soi, l’autonomie ou encore l’entraide. Nous le savons, bouger c’est la santé et nous voulons que nos enfants intègrent rapidement cette habitude de vie avant que les Ipad et autres objets électroniques de ce monde ne prennent le dessus sur eux!

    J’ai quatre enfants et ils ont tous fait (ou font encore!) du sport. À tour de rôle, j’ai été leur entraîneur de soccer, de volleyball et de hockey… Avec mon fils aîné, j’ai tiré les plus grandes leçons dans mon rôle de père et de coach à ses côtés. Ce dernier a commencé à jouer au hockey dès l’âge de 4 ans. Au départ, je souhaitais seulement qu’il fasse un sport pour qu’il soit actif et qu’il développe ses habiletés sociales. Mais voilà que fiston grandit et je découvre qu’il est particulièrement doué pour le hockey. De fil en aiguille, la saison hivernale est prolongée avec le hockey de printemps et quand la saison se termine enfin, c’est les camps de hockey qui meublent l’été de mon fils.

    Rapidement, sans même m’en rendre compte, les notions de plaisir, d’apprentissage et de socialisation n’ont plus fait partie des motivations premières qui m’incitait, au départ, à me lever le samedi matin pour accompagner fiston sur la glace. Mon égo de parent (qui se valorisait à travers son enfant!) a pris le dessus comme un cancer qui s’empare de mon corps. Secrètement, j’ai rêvé que mon fils devienne la prochaine vedette du hockey. Sans le savoir et le vouloir, je lui ai imposé le stress de performer, je l’ai comparé à ses coéquipiers et lui ai demandé implicitement d’être le meilleur. Sa vie et celle de notre famille se déroulait dans les estrades des arénas. Car, pour être le meilleur, il faut jouer avec les meilleurs!!! Mon fils, se rendait bien compte que nous investissions temps et argent pour lui, il ne voulait donc pas nous décevoir et continuait à pratiquer son sport sans jamais nous dire qu’il aimerait prendre une pause car le plaisir n’y était plus: il avait intégré qu’il devait être le meilleur.

    Fiston a aujourd’hui 19 ans. Il s’apprête à joindre les bancs de l’université. Avec le recul, je réalise que je suis passé à côté de l’essentiel en l’accompagnant tous les week-end dans les arénas du Québec. À 9 ans, performer, être le meilleur et compter des buts était loin d’être la préoccupation première de mon fils. C’était moi, le parent-coach qui rêvait ti-cul d’être le prochain Wayne Gretzky, qui projetait mes ambitions d’hockeyeur à travers mon fils. Lui, il ne souhaitait que jouer au hockey pour le plaisir avec ses amis, comme moi maintenant à 50 ans avec mes chums de ma ligue de garage.

    Aujourd’hui, je réalise que mon égo de parent fier de mon fils et la drogue de la performance sont, selon moi, les deux plus grands pièges qui ont pu nuire à mon fils pour son développement sportif et plus encore: pour sa confiance en lui.

    Heureusement, j’ai tiré des leçons et aujourd’hui avec mon plus jeune fils, qui est aussi doué que son frère aîné, mon rôle de parent-coach se résume à ceci :

    • Éviter de lui donner des qualificatifs seulement à partir de ses performances sportives;
    • Valoriser aussi ses frères et sœurs;
    • Mettre mon gros égo de côté;
    • Rester à l’écoute lorsqu’il me dit qu’il veut faire une pause de son sport;
    • Encourager une approche multi-sport, afin de l’aider à développer des habiletés dans divers sports et dans la vie;
    • Rester positif! Surtout s’il a eu l’audace d’essayer une nouvelle chose et qu’il a échoué!
    • Encourager les efforts dans ses matières académiques et ses autres intérêts;
    • Éviter de mettre la faute sur le coach ou un coéquipier lorsqu’il perd une partie, car chaque membre de l’équipe est indispensable pour parvenir à un résultat commun;
    • Éviter de se concentrer sur la compétition, les points et la performance;
    • Valoriser les efforts de l’équipe et non le résultat;
    • Dire que je l’aime et que je suis fier de lui !!! Pas seulement quand ça va bien! Surtout quand il vit des moments plus difficiles.

    Les entraîneurs (et parfois les parents) ne voient que l’athlète et oublient qu’il y a un enfant qui peut se définir autrement que par son sport. Évitez d’entrer dans le piège du parent qui ne valorise son enfant que par le sport et ce, parce qu’il est doué. Si vous mettez tous vos oeufs dans le même panier, le jour où ce sera terminé, votre enfant, qui avait une grande confiance en lui parce qu’il était bon dans son sport, aura bien du mal à s’en remettre. Valoriser-le par les études et selon les intérêts dans lesquels il évolue. Ainsi, le jour où il comprendra qu’il ne deviendra jamais le prochain Connor McDavid, il aura d’autres intérêts et compétences sur lesquels s’appuyer.

    Vous savez quoi? La semaine dernière, je suis allé voir un spectacle de danse de fin d’année et j’ai eu tellement de plaisir à voir les enfants de 3-4 ans sur la scène. Certains regardaient dans les estrades pour y voir papa et maman, d’autres étaient figés par le moment. Peu importe, le moment était d’une rare beauté! Vous savez pourquoi? Parce que les professeurs, parents et autres personnes qui gravitent autour d’eux n’ont imposé aucune pression !!!