• À 12 ans, elle dort encore avec son père!

    Bonjour,

    Je suis la belle-maman d’une fille de 13 ans qui refuse de couper le cordon avec son père. Elle dort avec lui depuis qu’elle est toute petite et tout ne doit tourner qu’autour d’elle. Avec la crise de l’adolescence qui pointe son nez, c’est invivable : exigences, menaces, chantages, mini-fugues, crises de colère, insultes à mon égard… et tout ça sous l’œil attendri de papa, qui n’ose pas l’affronter de peur de la perdre (parents divorcés). J’ai tenté le dialogue, mais la gamine me demande de dégager et m’insulte de ‘sale p… », Je suis mal et je n’arrive plus à supporter de les voir dans le lit, sur le canapé, vautrés comme un couple. Je suis évincée des sorties, des week-ends et des vacances. Ils partent en duo et je n’ai rien à dire. La gamine est sans cesse en mode séduction avec son papa et lui est sans cesse en train de la photographier : miss au ski, miss à la plage, miss en maillot de bain, miss mange une glace, miss bronzée, miss prend un bain, miss dans la piscine….missssssss …C’est limite « écoeurant »! Plus de que de l’amour, mais une obsession pour ce père. Il n’y a aucune pudeur dans cette famille, ça me dégoute.

    J’ai tenté d’ouvrir les yeux à mon conjoint face à cette situation malsaine, mais il me rétorque que je suis jalouse et que sa fille reste son amoureuse et sa priorité. C’est à prendre ou à laisser! Y a-t-il un moment où la jeune fille prend de la distance avec son père? Elle a pris de la distance avec sa mère (car elle ne supporte pas le conjoint de sa mère) et elle habite pratiquement 24h chez papa. Que puis-je entreprendre pour que ce comportement cesse d’une part et est-ce que le père fait un transfert d’affects sur sa fille ? Il semble avoir mal digéré son divorce. Je suis consciente de n’être qu’une compagnie, un bouche-trou quand sa fille n’est pas présente, c’est tout. Mais comment peut– on en arriver à un tel modèle éducatif?! D’enfant roi on passe à un ado tyran qui me prend pour son bouc émissaire. Je ne constate aucune empathie de cette gamine. Elle semble éprouver du plaisir à dire et à faire mal, à sans cesse me provoquer, se moquer de moi ou m’injurier. Un égo démesuré à 12 ans : « c’est chez moi ici, mon père est riche, tout est à moi et un jour j’aurai mon nom écrit sur une plaque dans une rue… » Tant de signes et de paroles qui démontrent un profond narcissisme qui me déboussole totalement! J’ai éduqué trois enfants seule et, avec les miens, je n’ai jamais vu un tel comportement. Aidez-moi! Merci

    Sandrine


    Bonjour Sandrine,

    Je comprends que ce que vous vivez avec votre conjoint et votre belle-fille est une situation délicate et que vous souhaitiez avoir un éclairage neutre sur la situation.

    Il est vrai qu’une relation parent-enfant a souvent un petit quelque chose de spécial, qui fait que quiconque tente de comprendre les nuances et les subtilités de cette relation aura du mal à vraiment en saisir la teneur.

    J’ai quand même un questionnement quand vous dites que votre conjoint vous répond :
    « …que sa fille reste son amoureuse et sa priorité et c’est à prendre ou à laisser…… ». Je serai toujours d’accord avec un parent qui veut prendre soin de son enfant, de lui donner tout ce qu’il peut pour son épanouissement. Toutefois, de dire que sa fille est « son amoureuse » est peut-être une façon distorsionnée de parler de son amour de sa fille. Il serait peut-être intéressant d’aller consulter un professionnel de l’accompagnement (psychologue, sexologue, etc.) avec votre conjoint à cet effet. S’il est ouvert, ça serait une bonne avenue. Sinon, voici une autre possibilité d’éclaircir tout cela avec lui, à votre façon.

    Comme vous savez sûrement déjà, on ne peut pas changer les autres. On peut leur faire part de notre malaise, on peut échanger sur des façons de trouver une solution face à une situation qu’on aimerait voir changer. Cependant, la seule personne sur laquelle on a un réel pouvoir, c’est soi-même. Ici, j’entends que votre conjoint et sa fille préadolescente vivent une relation quasi fusionnelle, ce qui génère chez vous de l’irritation et même du dégoût.

    Il est difficile pour moi de juger si cette situation est saine ou non, car je n’ai que votre version des faits, et je ne connais rien sur le contexte de la rupture de votre conjoint et de son ex-conjointe, de ce qu’ils vivent depuis ce temps, etc. Cependant, comme vous vivez beaucoup d’inconfort, et selon ce que vous avez mentionné, cet inconfort est légitime et dérangeant sur une base régulière, voici quelques actions que vous pourriez poser pour améliorer la situation pour vous.

    Étape 1 :

    La première question à se poser dans un tel contexte est : « Qui cette situation dérange-t-elle le plus ? »

    • Je comprends que vous êtes la personne qui vivez un malaise face à cette situation. Votre conjoint et sa fille semblent très à l’aise de leur côté et vous le manifestent de différentes façons.

    Étape 2 :

    Établir qu’est-ce qui vous dérange dans la situation et en quoi cela vous dérange ?

    • Vous pouvez établir une liste pour votre conjoint et une liste pour votre belle-fille pour mettre au clair. SVP, mettre les irritants en ordre décroissant (ce qui vous dérange le plus vers ce qui vous dérange le moins).
    • Il est important, quand beaucoup de choses nous dérangent, de « choisir ses batailles ». Si on veut tout régler d’un coup, souvent on est déçus et frustrés, ce qui ne fait qu’envenimer les choses à court, moyen et long terme.
    • Donc, choisissez les 2-3 choses qui vous irritent le plus, et sur lesquelles vous allez vous préparer pour faire une rencontre avec votre conjoint et votre belle-fille.
    • Tentez de lâcher prise sur les plus petits irritants, pour diminuer la charge négative que ces situations entraînent pour vous.

    Étape 3 :

    Pour chacune des 2-3 choses qui vous irritent le plus, faites l’analyse de 4 choses :

    • Comment cela vous fait sentir (émotions, ressenti, etc.)
    • Déterminez une situation concrète où vous avez observé cette situation
    • Déterminez quel besoin sous-jacent n’est pas comblé pour vous dans ce contexte
    • Trouvez 1-2 pistes de solution que vous pourriez proposer et qui seraient réalistes pour vous, votre conjoint et votre belle-fille.

    Étape 4 :

    La prochaine étape est d’en parler avec la ou les personnes impliquées et tenter de le faire quand on est calme, et le faire avec une technique de communication positive (style CNV)

    •  Vous faites état d’un ressenti que vous avez (exemple : je me sens triste…)
    • Parlez d’une observation : (quand toi et ta fille planifiez vos congés ensemble sans m’inclure…)
    • Mentionnez en quoi cette situation vous attriste en parlant d’un de vos besoins : (parce que j’aimerais partager de beaux moments avec vous également)
    • Trouvez une piste de solution à suggérer : ex. : « le prochain week-end, on pourrait tous aller au café céramique, on aime tous ça ».)

    Étape 5 :

    Voir si cette nouvelle façon de communiquer vos besoins amène des changements positifs.

    • Si la démarche amène des changements positifs :
      • Soulignez-les auprès de votre conjoint et sa fille. Faites du renforcement positif.
      • Laissez ces changements apporter un peu de légèreté à la maisonnée pendant 4-5 semaines avant de passer à d’autres points qui vous irritent (retourner à votre liste de l’étape 2)
        • Choisir d’autres points de l’étape 2 et refaire la démarche entière jusqu’à ce que vous n’ayez que de petits irritants sur lesquels vous pouvez lâcher prise
    • Si la démarche n’amène pas les changements souhaités :
      • Voir jusqu’où et jusqu’à quand vous êtes prête à tolérer cette situation sans y laisser votre bien-être et en parler avec votre conjoint
      • Si vous continuez à être malheureuse dans cette situation, il n’y a pas de solutions miracles. Il n’en tient qu’à vous de faire votre réflexion à savoir si vous, vous souhaitez rester dans cette relation si les choses restent telles quelles.

    Je vous souhaite bonne chance dans votre réflexion et votre démarche.