• Quand l’accueil prend tout son sens

    accueillir son enfant
    Dimanche après-midi, mon cellulaire sonne. C’est mon conjoint : « Lya vient de chuter des balançoires. Elle est tombée sur la tête et croit avoir entendu son dos craquer. Elle est couchée par terre. » J’arrête illico mes commissions et retourne à la maison. Je suis particulièrement calme. Probablement parce que ma fille a déjà fait des pirouettes dans la structure de notre cour arrière des centaines de fois et qu’elle n’en est pas à ses premières chutes.

    À chaque fois, elle s’en était remise sans trop de mal.

    À mon arrivée, elle est toujours sur le sol, en pleurs. Cependant, ce n’est pas la douleur qui la chamboule ainsi : elle est terrorisée à l’idée de rater ses cours de danse. C’est sa passion depuis plusieurs années. En attendant les ambulanciers, j’essuie ses larmes en tâchant de comprendre comment c’est arrivé.

    Après plusieurs heures à l’hôpital, deux radiographies et un scan, nous sommes soulagés d’apprendre qu’elle s’en sortira avec une simple entorse cervicale. Notre joie sera cependant de courte durée : le lendemain soir, après une journée de congé bien méritée, le téléphone sonne à nouveau. C’est l’hôpital. Après une analyse plus approfondie du scan, le radiologiste remarque une anomalie dans le haut du dos, juste à l’endroit où se termine l’image. Retour à l’hôpital pour un deuxième scan. Le médecin, étonné qu’elle ne ressente presque aucune douleur en lui touchant le dos, annonce son verdict : quatre vertèbres fracturées. S’ensuit une discussion avec l’orthopédiste qui prévient qu’elle devra cesser toute activité physique pour les prochaines quatre à six semaines.

    Je regarde ma fille absorber la nouvelle : « Mon spectacle de danse ?! » Elle s’effondre en réalisant que le projet sur lequel elle travaille depuis la dernière année aura lieu sans elle. Elle ne ressentira pas la joie et la fébrilité des dernières semaines. Elle ne connaitra pas l’énergie qui habite les coulisses avant d’entrer en scène, du moins, pas cette année. Et pour elle, du haut de ses 11 ans, c’est la fin du monde

    Je sais bien que quatre à six semaines, ce n’est rien dans une vie. Je sais aussi que des spectacles, il y en aura d’autres, et que la situation aurait pu être bien pire. Je le sais et c’est ce que plusieurs ont essayé de lui expliquer. J’ai décidé de prendre un autre chemin. J’ai choisi de la laisser pleurer, sans chercher à la consoler. Sa peine, elle y a droit. Et elle a besoin de la vivre. Je l’accueille tout simplement dans ce qu’elle vit.

    Les adultes ont parfois de la difficulté à laisser les enfants vivre leurs émotions. Cela crée un malaise qu’ils cherchent à combler. Je ne critique aucunement ceux qui l’ont fait. Je me surprends à le faire à l’occasion. Je suis reconnaissante de la compassion qu’ils ont témoigné à son égard. Seulement, parfois, la meilleure solution est de ne pas essayer d’en chercher, de simplement accueillir l’autre. Je vous l’accorde, ce n’est pas facile. Nous aimerions tellement les soulager de leur peine, de leur honte, de leur déception ou de leur colère. Mais ils doivent emprunter ce chemin qui leur appartient. C’est celui qui leur permettra de trouver leurs solutions.

    Plus tard, elle comprendra à quel point elle a été chanceuse. Elle réalisera que des spectacles, il y en aura d’autres.

    Aujourd’hui, elle a besoin d’être une enfant triste et déçue. Elle a besoin d’être, tout simplement.

    Et moi, malgré la peine que j’ai pour ma cocotte, je suis tellement reconnaissante. Reconnaissante que ce soit si peu alors que ça aurait pu être tellement plus. Reconnaissante envers ce radiologiste qui a fait une nouvelle lecture de son scan. Reconnaissante envers tous ceux qui ont eu de la compassion pour elle. Reconnaissante envers ses amies qui sont venues lui rendre visite après l’école et qui l’ont accepté dans sa peine, sans chercher à rationaliser le tout.

    Un jour, elle comprendra que ce moment était simplement ça : un moment.

    Et nous, parents et adultes, je nous invite à accueillir les enfants, sans chercher à leur enlever quoi que ce soit. C’est de cette manière qu’ils arriveront à trouver leur chemin, bien à eux, vers la guérison du cœur. Nous devons simplement leur laisser la chance de le découvrir.