• Mes TROIS ingrats

    Mes enfants sont ingrats!

    Un de vous trois pourrait-il aller enlever la neige sur la voiture? Ça m’aiderait.

    Trois roches s’engloutissent… pour ne plus bouger.

    Nous étions sur la fin des vacances. J’étais très malaaaade. Un virus-empoisonnement-indigestion me clouait au lit. Et ce, malgré les 1200 km et tous ces beaux « bidous » qui nous séparaient de la maison. Mon estomac n’en avait fait que peu de cas et s’était affirmé. De plus, ça avait été le genre de vacances où ma blonde et moi comptions les dodos avant le retour à la maison, tellement nous étions découragés de « leurs » comportements.

    De retour au bercail, ma blonde et moi étions, comment dire… un peu amers. Les enfants, eux, étaient contents de retrouver leur vraie vie, comme s’ils sortaient de la prison d’Alcatraz. J’étais donc physiquement faible, plus pauvre de plusieurs beaux « bidous », et amer de ne pas les avoir dépensés dans un SPA en Norvège avec ma blonde… SEULS.

    Mais, « the show must go on », et le lendemain, je devais me rendre au travail. Je me lève de peine et de misère et je prends ma douche péniblement. Chaque pas est un défi. Visiblement, je ne suis pas totalement rétabli. Je regarde par la fenêtre, une petite neige s’amuse à blanchir tout ce qu’elle touche. Mes garçons déjeunent. Moi, je me prépare et je sais que j’ai besoin de toute mon énergie cette journée-là.

    Donc, je fais ce que tout bon parent ferait, je demande aux garçons, sans en nommer un spécifiquement : « Y a-t-il un de vous trois qui pourrait aller enlever la neige sur la voiture? Ça m’aiderait, parce que je me sens faible. » Nôôôrmalement, un des trois, sinon les trois, se serait empressé de mettre ses bottes et hop, on dégage l’auto! Mais là, ce matin-là, à ce moment-là, à cet instant-là…rien. Comme dans : rien! Pas un mouvement, pas une tête ne bouge. C’est comme si j’avais parlé à trois vases ou trois roches sur le bord de la mer. Non! Trois chaises, trois politiciens. J’ai l’impression qu’une plante verte aurait réagi davantage. Mon ego de papa en prend pour son rhume (ou plutôt son indigestion).

    Du « Pas fin » en ce beau matin

    Peut-être ai-je juste imaginé que j’avais fait la demande, sans l’avoir concrétisée verbalement? C’est sûrement cela, l’explication. Donc, je reprends ma phrase de façon à me faire entendre. Je fais d’abord un test de son : « Les gars, êtes-vous là? » Et là, j’entends des borborygmes venant tout droit de la table. Le son se rend. Je reprends ma demande : « Y a-t-il un de vous trois qui pourrait aller enlever la neige sur la voiture? » Re-rien. Là, c’est clair, c’est de la mauvaise volonté. C’est du « pas fin »! C’est… et je déteste dire ce mot, de l’ingratitude. Je suis blessé dans mon coeur de père.

    Je décide d’être précis : « Toi! Mets tes bottes et ton manteau, et va enlever la neige sur la voiture, maintenant. » Voilà. C’est clair, plus de confusion possible. Le bonheur est enfin de retour! Pâââs du tout! « Môssieu » se lève et bougonne comme si je lui avais donné la tâche des « bécosses ». Et, il me répond sur un ton « ne-vois-tu-donc-rien-pauvre-andouille » : « Je viens juste de mettre le lait dans mes céréales!!! » Je suis bouche bée. On aurait dit un reproche.

    Je réplique : « Je suis malade. Je suis physiquement faible. J’ai besoin de ce petit service qui me rendrait la vie un peu plus facile. Rappelle-toi, quand tu as été très malade. Nous avons pris soin de toi jour et nuit pendant 14 jours. Ce n’est pas une si grande tâche que de déneiger l’auto. C’est normal de s’entraider, non? » Je suis très conscient de mon ton moralisateur, mais la peine est plus forte.

    La réplique désarmante!

    Le coup de masse vient dans sa dernière réplique, où mon garçon croit conclure, et surtout se libérer de son mauvais cas, en répondant par cette vérité qui désarmerait n’importe quel ninja diplômé : « Oui, mais moi, quand j’étais malade, je n’avais pas besoin de la voiture. » Et tac! Il est certain que, du haut de ses 9 ans, il m’a remis dans le droit chemin, et que, la prochaine fois que je voudrai quelque chose, je devrai y penser à deux fois avant de faire une demande de la sorte à mes fils.

    Qu’est-ce que j’ai oublié de leur enseigner? Est-ce une période révolue que celle où les enfants obéissaient au doigt et à l’oeil? Pourtant, n’est-ce pas là le cycle de la vie? Les lions mangent les antilopes, les chenilles deviennent des papillons, les raisins deviennent du vin, les poutines font faire des crises cardiaques, les enfants écoutent leurs parents.

    Je les aime, mes trois ingrats temporaires. Mais, j’ai un travail qui m’attend. Cette leçon qui pourrait les faire passer de « ti-gars » à jeunes hommes, puis à messieurs…, je ne possède pas encore la matière pour cette leçon-là, mais je cherche. Mieux vaut que ce soit moi qui la leur apprenne, plutôt qu’un étranger qui n’en aura « rien à cirer » d’eux, et qui les cataloguera trop rapidement comme ingrats permanents.

    Texte rédigé printemps 2010