• OUI, aux travaux forcés! Nous étions en train de bâtir trois enfants-rois…

    Ils revendiquent leurs droits, tout est dans le SAC…!

    Ils ont parfois une attitude de syndiqués dans ce qu’il y a de plus mauvais. Ils ont 6, 8 et 10 ans, et revendiquent leurs droits à la liberté! Ils revendiquent!!! Pourtant, je ne leur demande rien de faramineux, rien d’extraordinaire. Des tâches normales : ramasser leurs choses, essuyer la vaisselle, sortir les poubelles, me masser le dos. Tout ce que nous faisions nous-mêmes plus jeunes, non? Eh bien, imaginez-vous un petit garçon blond, cheveux bouclés, 6 ans, mignon et beau comme son père… Le petit garçon que toutes les femmes du quartier veulent adopter, tellement il est mignon (un peu comme son père…)

    Eh bien, je lui demande un jour de descendre un sac dans le sous-sol. Ce mignon petit syndicaliste, me répond alors, sur un ton qui laisserait supposer qu’il est aux travaux forcés depuis toujours : « Chu’t’u obligé? » Le temps s’arrête. Je ne sais pas quoi dire. Je suis tétanisé par la simplicité de sa question et, son immense répercussion, dans mes tripes. J’essaie de sortir des mots de ma bouche, mais en vain. Je veux dire quelque chose « d’éducatif », mais je pense « juron ». Je me censure. Je l’aime. « Ch’t’u obligé »?… Ça me résonne encore dans le nerf du cou. Je vous le jure, il y a vraiment eu un long silence. Lui, il reste muet et attend la réponse, convaincu d’avoir posé une vraie question importante.

    Trouvera, trouvera… pas… une réponse à ce petit blond-là!

    À ce moment-là, je cherche la bonne chose à dire et je la trouve. Enfin, je crois. Je réponds, tenez-vous bien : « Oui! » Voyez la beauté de mon intervention paternelle. Courte, mais efficace. Eh bien, non. Mon petit blond aux travaux forcés me trouve toutes les raisons pour ne pas descendre les quatorze marches. Et me sert sur un plateau d’argent, de façon habile, mais ô combien irritante : « T’es capable toi aussi de le faire. » Là, avant que ça ne devienne laid, je fais effectivement un petit tour dans ma tête et me demande si j’ai vraiment raison d’exiger cela. Il faut parfois que nous fassions cet exercice, nous aussi. Je ne veux pas devenir dictateur, boss, despote ou potentat. Mais, je suis le père, après tout.

    Alors, je répète ma requête sur un ton qui indique que s’il ne me donne pas la bonne réponse, il pourrait se passer quelque chose de laid. Il me ressert : « Ch’t’u obligé? » Mais, cette fois-ci sur un ton un peu plus exaspéré. Là, je réponds : « Oui! » Mais, n’allez pas croire que j’aie usé du même « oui »… Oh non! Ce « oui » était accompagné d’un regard, qui voulait dire, qu’après ma phrase il y avait un point… final. Une fin de non-recevoir. Une impossibilité d’ajout à la situation. Bref, un « T’es mieux de descendre tout de suite! » Ce qu’il a fait, mais croyant vraiment qu’il avait perdu un combat. Et, que ce n’était que partie remise.

    Autant je suis convaincu du bien-fondé de ma démarche, autant je me suis demandé si je n’abusais pas un peu de mon statut de « père-qui-peut-demander-tout-à-ses-enfants-parce-que-c’est-lui-qui-les-a-mis-au-monde », troublant de vérité dans sa requête, sur le bord de gagner un Gémeaux pour sa performance crédible.

    Coalition entre parents DROIT DEVANT!!!

    Je me retourne vers ma blonde, qui pense systématiquement que j’en demande toujours plus à notre dernier de 6 ans, la bouche en ovale, elle n’en revient pas, elle non plus, de son attitude. Qu’à cela ne tienne, nous allons combattre le feu par le feu. C’est-à-dire, « plussss » de tâches, « plussss » de demandes, « plussss » d’exigences, mais toujours sous la supervision de la firme maman-mère-papa-père. Nous nous consultons souvent. Juste assez pour nous rendre compte que nous avions sous-exploité notre droit aux demandes.

    Nous étions en train de bâtir trois enfants-rois. Trois enfants à qui nous étions gênés, oui-oui, gênés de demander des services dans la maison. De nous rendre compte, au bout d’un certain temps, à maintenir la ligne dure, que le message passé n’était pas : « Nous voulons vous exploiter! » mais plutôt : « Nous vous faisons confiance. » Et même si nous devions faire face à quelques bougonnements, les garçons prenaient plaisir à faire tourner la roue familiale. Jusqu’au jour où, après avoir demandé à mon deuxième de passer le balai, il m’a répondu : « Combien, pour la tâche? »

    Texte rédigé automne 2009