• Un père à l’écoute

    Les pères aussi ont des états d'âmes!

    Il y a des jours où je ne me sens pas bien et où c’est très bien comme ça. Il y a des jours où je ne me sens pas bien et où je fais tout pour lutter contre ça. Il y a des jours où je ne me sens bien et je ne le sais pas. Et, il y a des jours où je me sens bien et où ça m’énerve. Puis, il y a des jours où je me sens bien et puis… rien! Le train-train. Et tout ça dans la même semaine.

    L’association des gars qui veulent laisser « SORTIR LE MOTTON »

    Imaginez maintenant, avec trois enfants qui n’ont rien à faire de vos états d’âme. La paternité et l’existentialisme ne vont pas de pair. Impossible de marier états d’âme et lessive. On ne peut pas faire à la fois le dîner et un discours sur l’apport de la colère dans l’estime de soi. Je sais que ce n’est pas le lot de tous les pères d’être porté à la réflexion constante. Plusieurs sont dans l’action. Mais quand même… J’ai déjà entendu deux gars évoquer le malheur qu’ils vivaient de ne pas pouvoir parler plus souvent de leur for intérieur.

    On dirait que la parole est donnée aux femmes, et que s’asseoir entre gars pour dire ce qu’on ressent tient plus de l’événement que du rituel quotidien. Il faut presque faire partie d’une association pour justifier ce geste. Il faut que le cadre soit plus que rassurant pour laisser sortir le « motton ». C’est ça le plus dur. Je ne peux pas croire qu’il n’y ait que moi qui accumule des « mottons » en tant que papa. Pour des choses qui ne sont pas si graves que ça, mais que… « bonyenne » que ça ferait du bien de le dire. Je ne veux pas les dire à ma blonde; mais à un ami de gars, à un autre gars, à un autre papa. Le dire, tout simplement.

    Parler pour parler…

    Je pense qu’autour de la table, je fais tout pour faire parler mes garçons. Parfois, je me demande si c’est utile. Car, je sens l’effort que c’est, d’aligner tous les mots qui, éventuellement, exprimeront une pensée complète. Et pour en arriver là, on doit aussi fournir un effort afin que les mots qui sortent soient justes et précis. Même à 9 ans, il y a plus de bouts de mots et de morceaux de bruits pour exprimer une idée qui serait si simple à dire, que d’idées entières (je pensais que ce phénomène n’allait arriver que vers l’adolescence!). Mais je ne me décourage pas. L’effort est là.

    Nous devons, à titre de papa, faire parler nos enfants. Et je me rends compte que, lorsque le processus est enclenché, mes gamins y prennent goût et en viennent à chercher des sujets de conversation. Ouf! Finie, je l’espère, cette difficulté que nous avions, nous les gars, à converser. Parler n’est pas nécessairement énoncer quelque chose d’utile au progrès de l’économie mondiale, mais exprimer ce qui est en nous et qui veut sortir, juste pour faire de la place à d’autres choses. Parler pour parler. Et mes enfants savent que j’ai l’oreille au garde-à-vous, pour eux. Et, aussi un peu pour moi, c’est sûr.

    Quand le « Jell-o Pogne »

    Je m’aperçois que, quand ça va bien, quand le « Jell-o pogne » autour de la table, ils en viennent à des confidences intéressantes, et même, à mettre au jour des choses qu’ils nous dissimulaient depuis un certain temps. Des choses que la vie, avec son rythme et mon manque d’écoute paternelle (occasionnel), refoulait dans leur petit bedon. Par respect pour un de mes fils, je ne vous révélerai pas que depuis trois mois, il ne portait pas ses souliers à l’école. Mais, en cachette, il portait de vieux mocassins tout décousus, que je lui avais interdit de porter ici, à la maison, à cause de ses chevilles fragiles.

    Le soir où « le chat est sorti du sac », nous l’avons d’abord félicité de nous l’avoir avoué. Il a alors été plus facile, ensuite, de lui ordonner de rapporter les mocassins et de reprendre ses souliers. Je ne dis pas sans heurts, mais plus facile. Tout cela m’amène à penser à plus tard, quand les confidences seront plus musclées. Auront-ils le réflexe de venir nous voir ou la force d’en parler à quelqu’un qui saura écouter leurs confidences, en y attachant l’importance voulue? C’est certain, je souhaite que cette personne soit moi.

    Qu’est-ce que vous croyez? Après toutes ces années d’acharnement et d’investissement, je souhaite pouvoir encore « être aux premières loges » de leurs bonheurs et de leurs potins amoureux, mais bon… On verra!

    Texte rédigé automne 2008