• Apprivoiser l’allaitement

    Dès que j’ai compris que j’étais enceinte, j’ai su sans l’ombre d’un doute que j’allaiterais mon bébé. J’en étais convaincue. N’entendait-on pas partout qu’allaiter, c’est naturel ? Cela devait être assez simple, non ? Hélas, mon expérience allait me démontrer qu’en matière d’allaitement… il y a loin de la coupe aux lèvres !

    Dans ma tête, allaiter se résumait à amener le nouveau-né au sein. J’avais appris comment placer la bouche de bébé, quelles positions utiliser afin de désengorger les canaux lactifères. Je connaissais même le truc des feuilles de chou pour apaiser les montées laiteuses. Mais j’ignorais totalement ce qu’il fallait faire si mon bébé n’arrivait pas à prendre le sein.

    Le grand jour où nous avons accueilli notre cocotte était arrivé. Après la pesée et les vérifications d’usage, l’infirmière m’avait aidée à la mettre au sein. Il était un peu après minuit, le changement de l’équipe médicale venait de s’effectuer et j’avais une nouvelle infirmière qui m’avait affirmé que la technique de prise au sein de ma petite lui semblait adéquate. Pourtant, quelques heures plus tard, un bleu de la grosseur d’un vingt-cinq sous dessous le mamelon me confirmait le contraire. C’était le début de mes déboires d’allaitement.

    Ma cocotte n’était pas des plus patiente et ma propre nervosité ne nous rendait pas la tâche facile. Après à peine cinq secondes de tentatives infructueuses, ma fille pouvait hurler de colère et de faim. Rien pour rassurer la nouvelle maman que j’étais. Donner le sein à mon enfant était si ardu que j’avais fini par appréhender le boire suivant. Mes trois premières semaines, je les ai passées à pleurer, moi aussi, à chacun des boires. Pourquoi est-ce que je n’étais pas capable d’effectuer ce geste si « naturel » ?

    Comme il était habituel après une naissance, une infirmière s’était présentée pour une vérification à domicile. À travers mes larmes, je lui avais tout déballé : la honte, le stress, l’incompréhension. Elle a fini par me demander si ma cocotte utilisait une suce. Mais non, évidemment! Tous les conseils et lectures sur le sujet rappellent l’importance d’éviter les suces et biberons les premières semaines d’allaitement afin d’éviter une confusion chez le poupon. Cette infirmière audacieuse m’avait alors suggéré de l’essayer quand même. Après quelques jours de pratique, ma fille a fini par comprendre comment prendre la suce… et le sein en même temps !

    Mon soulagement fut cependant de courte durée. Notre nouvelle pratique n’était pas dépourvue de surprises douloureuses : complications, gerçures, mastites, j’avais tout raflé. Comme j’entendais partout à quel point l’allaitement était un moment privilégié entre la mère et son enfant, j’étais déterminée à le trouver, ce fichu moment zen. Ce n’est que six mois plus tard, une fois ma fille et moi bien aguerries à la technique, que j’ai finalement commencé à apprécier ce temps de pause.

    J’ai compris qu’en matière d’allaitement, comme en toute chose, il faut se donner le temps d’apprendre. Et surtout, ne pas se juger sévèrement, quelle que soit notre décision, parce qu’il y a autant de chemin vers l’allaitement qu’il y a de mamans et de bébés. Il y a même des chemins qui mènent vers le biberon. C’est à chaque maman de décider quelle voie elle empruntera, et d’y trouver son bonheur.