• Quand la mort prend par surprise

    La mort subite d'un proche.
    Chaque année, plusieurs personnes meurent sans signes précurseurs. Les familles et les proches endeuillés, n’ayant pas été préparés à cette séparation soudaine, traversent un processus particulier. Selon Statistiques Canada, en 2013, les accidents vasculaires cérébraux ainsi que les accidents faisaient partie des cinq principales causes de mortalité[1]. Il est donc fréquent que des enfants aient à composer avec un ou des décès inattendus. Il est essentiel de les accompagner avec soin.

    Expliquer la mort

    Les morts subites sont quelquefois brutales. L’enfant témoin de cet événement aura sans doute vécu une période de stress intense. Il aura principalement besoin d’être entendu et rassuré. Que l’enfant ait été présent ou pas lors du décès, il lui sera bénéfique de comprendre ce qui a causé la mort de la personne. Pour l’aider à mieux saisir ce concept, expliquez-lui ce qui s’est passé dans le corps du défunt. Par exemple, dans le cas d’un père mort à la suite d’un infarctus, vous pourriez présenter, avec des images ou du matériel à l’appui, comment le cœur de la personne a cessé de battre et quelles ont été les conséquences impliquées. Répondez avec honnêteté à ses questions sans aborder de détails morbides.

    Réactions possibles face à la mort subite

    Il peut être difficile de composer avec le vide survenu brusquement après la mort. Mis à part la tristesse, une régression, de l’agressivité, une insécurité et une attitude négative sont quelques réactions qui pourraient se manifester. Adoptez une écoute empathique, acceptez les émotions de votre enfant et dites-lui que ses réactions sont normales. Dans la mesure du possible, tentez de maintenir les routines habituelles et les règles familiales qui étaient en place avant la mort. Cet encadrement est sécurisant et facilitera l’adaptation de l’enfant endeuillé à sa nouvelle vie. Dans le même ordre d’idées, expliquez-lui comment son quotidien se déroulera sans la personne décédée. Traitez-le comme s’il était atteint d’une grosse grippe : accordez-lui du temps de qualité et des câlins, soyez patient, évitez d’être trop exigeant et répétez-lui qu’il ira mieux bientôt.

    Lorsque la mort prend par surprise, l’enfant peut se sentir coupable d’avoir survécu. Cela peut survenir, par exemple, si le proche est mort alors qu’il allait le reconduire chez un ami ou après une altercation avec lui. L’enfant peut s’en vouloir de ne pas l’avoir salué convenablement lorsqu’ils se sont quittés, être convaincu qu’il aurait dû mourir à sa place ou avec lui ou croire à tort qu’il est responsable de sa mort. Si c’est le cas de votre enfant, rassurez-le en confirmant qu’il n’a rien à voir avec le décès du proche. Dans de rares situations, l’enfant développe des comportements autodestructeurs (recherche du danger, automutilations, consommation de substances illicites). Dans ce cas, consultez sans tarder un professionnel.

    La mort survenue subitement ou par accident peut être une expérience traumatique qui engendre de l’hypervigilance chez l’enfant. Ce dernier est davantage à risque s’il a été témoin du décès. Il peut faire des cauchemars, avoir des flash-backs, sursauter facilement, développer de nouvelles peurs, éviter certains endroits, craindre de mourir lui aussi, etc. Le deuil de l’enfant peut être complexe si ce dernier doit composer avec de multiples décès, s’il a lui-même été impliqué dans l’accident mortel, s’il a tenté de réanimer le défunt, s’il porte des séquelles à la suite de cet événement ou si d’autres personnes ont des handicaps résiduels qui lui remémorent la perte de l’être cher. Ces variables ne sont pas nécessairement des facteurs aggravants. Il est toutefois recommandé de vérifier avec le jeune si ces facteurs amplifient son deuil.

    L’enfant peut également être en colère contre la personne décédée. Il peut lui en vouloir de l’avoir quitté. Il peut aussi se mettre à craindre de se séparer des personnes significatives de sa vie. Comme le sommeil cause nécessairement une séparation de plusieurs heures, certains enfants refusent de dormir. Ils peuvent également chercher à obtenir l’attention de leur entourage par tous les moyens. Si votre enfant craint d’être abandonné, il est nécessaire de le rassurer, sans excès. Transmettez-lui votre confiance en la vie. Si vous faites une sortie sans lui, ne lui dites pas à quelle heure vous rentrerez. Si vous ne respectez pas votre engagement, il pourrait se mettre à paniquer.

    Dans le cas où l’un des parents est décédé, il est possible qu’un enfant prenne soudainement de la maturité, s’attribue les responsabilités du défunt ou devienne le confident du parent restant. Empreint de bonne volonté, il peut tenter d’alléger la vie du parent endeuillé. Malheureusement, son développement personnel est mis de côté au détriment du bien-être de son parent ou de sa fratrie. Bien qu’il puisse être réconfortant d’avoir un petit adulte prêt à donner un coup de main, il importe de lui octroyer des responsabilités en fonction de son âge, tout en reconnaissant sa volonté d’aider et de lui permettre de vivre son enfance.

    Si les comportements de votre enfant persistent et vous inquiètent, n’hésitez pas à consulter un spécialiste qui sera en mesure d’évaluer objectivement votre situation et de vous offrir un soutien approprié.

    Rituels funéraires

    La présence de l’enfant lors des rituels funéraires peut être bénéfique pour la progression de son deuil. Cela lui permet de mieux comprendre la réalité de la perte et de sentir qu’il fait partie de l’événement. Il est toutefois indispensable de le préparer aux cérémonies. Il importe de lui préciser leur déroulement et de l’aviser des possibles réactions des gens. Si les adultes significatifs aux yeux de l’enfant risquent de réagir très fortement lors des derniers adieux, il serait judicieux de mandater quelqu’un qui pourra le prendre en charge et le rassurer durant cette période.

    Il a été démontré que la vue du corps du défunt favorise le processus du deuil. Dans le cas où le corps  ne puisse pas être exposé, il est recommandé de représenter la personne par différents objets qui la caractérisent. Ainsi, l’enfant pourra prendre un moment pour se la remémorer. Si l’enfant refuse de participer aux rituels funéraires, questionnez-le avec empathie sur ses motivations, tentez d’identifier s’il a de fausses croyances et rectifiez-les, s’il y a lieu. S’il refuse toujours de participer aux rituels, respectez son choix. Vous pouvez également lui proposer de faire son rituel d’adieu en privé.

    Je vous invite à consulter mon article « Comment accompagner mon enfant endeuillé » pour obtenir plus de conseils sur le sujet.

    La mort d’un proche engendre un immense stress chez l’enfant. Le renommé psychologue David Elkind a d’ailleurs développé une échelle permettant d’évaluer le stress chez les enfants. Cette dernière soutient que la mort d’un parent est le plus grand facteur de stress et que la mort d’un proche est le quatrième facteur en importance. À ces éléments s’ajoutent tous les changements provoqués par le décès. Un encadrement chaleureux, bienveillant et sécurisant aidera assurément votre enfant à s’adapter graduellement à sa nouvelle vie.

    [1] http://www.statcan.gc.ca/pub/82-625-x/2017001/article/14776-fra.htm