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Je suis ton enfant : tu n’avais pas le droit de m’abandonner ! 3 interventions pour mieux gérer l’abandon

Je suis ton enfant : tu n’avais pas le droit de m’abandonner ! 3 interventions pour mieux gérer l’abandon
C’est difficile d’être un enfant, un adolescent ou un adulte considéré « normal » de nos jours. Imaginez-en un qui vit ou a vécu l’abandon d’un de ses parents : encore plus difficile ! Il va sans dire que plusieurs d’entre eux essaient, tant bien que mal, de faire du mieux qu’ils peuvent. Cet article se veut un outil d’intervention qui vise à limiter les dégâts dans de telles situations et outiller les parents et les enfants à mieux vivre avec leur réalité. Si, vous ou votre enfant vous êtes faits abandonner et que vous cherchez à retrouver un équilibre sain dans ce combat interne, cet article est pour vous !

Pourquoi faire ce texte ? Une raison bien précise : une histoire m’a affectée et m’a touchée énormément. J’ai une cliente qui, à l’âge de trois ans, s’est faite abandonner par son père sur le coin d’une rue à Montréal, et elle a dû retrouver le chemin jusqu’à chez sa mère seule ! Nul doute que sa peur devant cet événement devait être extrême parce qu’à trois ans, de toute évidence, l’être humain n’a pas les ressources nécessaires pour se débrouiller seul face à une telle situation. Ici, on peut aisément parler de traumatisme. Depuis, ses relations avec son père ont été très difficiles et, à l’âge de douze ans, elle a pris la décision de mettre fin à sa relation avec lui. C’est une coupure très difficile à faire, mais elle en est venue à cette décision parce que, malgré les efforts qu’elle a mis pour aimer son père, cela n’a mené à rien. Des années plus tard, elle a appris à composer avec le concept de l’abandon, mais ce n’est qu’à l’âge de 29 ans qu’elle a pu enfin boucler cette histoire qui frôle l’horreur.

Pistes d’intervention pour les blessures dues à un abandon :

Ce n’est pas ta faute!

Premièrement, vous devez savoir que ce n’est pas de votre faute. Rien de ce que vous avez fait ou auriez pu faire n’aurait changer les choses. Il est important que vous le sachiez, pas seulement dans votre tête, mais aussi dans vos émotions.

La décision prise par l’adulte était mauvaise selon beaucoup de perspectives, mais le parent avait peut-être des raisons propres à lui pour faire ce qu’il a fait. Je sais que de penser à l’agresseur dans de telles histoires peut paraître sans-cœur, mais je vous recommande fortement d’aller lire à ce sujet pour enlever le poids de la colère que vous pouvez ressentir à l’égard de votre agresseur. Ici, je n’excuse pas le comportement, mais je l’analyse. Toute raison d’avoir fait ce choix retombe sur les épaules du parent et ce n’est pas parce que vous, l’enfant, vous n’étiez pas bon, gentil et tout ce qu’un parent peut espérer de mieux chez son enfant. Si c’est ce que vous ressentez, il est important d’arriver à vous sentir rassuré(e). Afin de bien le faire, je vous suggère de faire une liste de toutes les choses que vous croyez avoir faites pour mériter son abandon. Par la suite, avec toute l’aide nécessaire, il reste le travail qui consiste à toutes les démanteler les unes après les autres.

Pourquoi tu te sens responsable?

Mais pourquoi donc les personnes ayant vécu un abandon se sentent si souvent responsables de ce qui est arrivé ? La réponse : en situation de stress intense, le cerveau se forme une compréhension selon ce qui est le plus facile à gérer. En cas d’abandon, il est beaucoup plus facile de se sentir coupable que de vivre avec l’incompréhension d’un geste si douloureux. Alors, le cerveau se met en action et ressort toutes les raisons qu’il trouve pour justifier pourquoi l’abandon est de votre faute. Une fois adulte, il vous revient de démanteler chaque raison, ce qui nécessite très souvent du soutien de professionnel chaleureux et rassurant.

Vous avez peut-être cherché à remplacer le rôle du parent qui vous a abandonné(e). C’est normal de vouloir que ce besoin soit comblé. Par contre, je vois souvent en consultation des jeunes qui veulent combler leur vide affectif par un parent remplaçant et qui, en même temps, le rejettent en lui disant qu’il n’est pas son parent. Ceci arrive très souvent avec un beau-parent, quand nous sommes fâchés ou que nous ne sommes pas d’accord avec ses consignes. Si vous avez la chance d’avoir quelqu’un dans votre vie qui prend la responsabilité de vous élever et de vous aimer comme si vous étiez son enfant, prenez-en avantage. Essayez de faire des activités avec cette personne. Donnez-lui la chance de se rapprocher de vous. Ce n’est pas parce que vous vous êtes fait(e) abandonner une fois que cela se reproduira. Par contre, pour éviter d’entrer dans un pattern d’abandon, vous devez vous assurer de ne pas vous protéger en rejetant les autres. Acceptez-les comme ils sont.

Écrire

L’écriture peut aider à voir clair dans vos pensées. Je vous suggère deux façons d’utiliser l’écriture. D’une part, vous pouvez avoir votre propre journal pour vous défouler et pour comprendre vos comportements, vos attitudes et vos pensées. D’autre part, vous pouvez utiliser la « lettre à quelqu’un » pour expliquer vos comportements et vos sentiments face à la personne avec qui vous vivez des difficultés en lui précisant qu’elle est importante pour vous, que votre intention n’est pas de la rejeter, mais que cette situation est difficile pour vous. Cette lettre peut lui être donnée ou vous pouvez la garder. L’important c’est que vous arriviez à comprendre comment vous vivez votre abandon.

Si vous n’appliquez pas des moyens pour vous aider à surpasser votre blessure face à l’abandon, vous pourriez en vivre les conséquences sur d’autres relations que vous tenterez de bâtir dans votre vie. Que ce soit avec des amis ou avec une relation amoureuse, vous vivrez dans la peur de vous faire laisser tomber. Des comportements tels que la jalousie, la possessivité et le manque de confiance règneront dans vos relations interpersonnelles et risqueront fort bien de provoquer ce que vous redoutez le plus : que la personne s’éloigne et vous abandonne.

Deuil

Suite à un abandon, vous devez vivre un deuil et ce, bien malgré vous. Ce deuil, cette séparation, ce n’est pas vous qui l’avez choisi. Vous vivrez notamment de la peine et de la colère. Vous deviendrez même peut-être plus méfiant envers les autres. Dites-vous que ce sont des étapes nécessaires à votre guérison. Si vous vivez des émotions, c’est une bonne chose. Si vous refoulez vos émotions, vous aurez une plus grande difficulté à passer par-dessus votre sentiment d’abandon. Pour gérer votre peine, n’ayez pas peur de parler à quelqu’un de confiance. Vous n’êtes pas seul à vivre ces émotions et ceux qui vous aiment dans votre entourage seront prêts à vous écouter. Vous pouvez aussi revenir aux trucs d’écriture mentionnés ci-haut en écrivant une lettre « vide-cœur », qui ne sera pas remise, mais qui pourra vous permettre de mettre toutes vos émotions sur papier. Parfois, c’est aidant. Pour la colère, vous pouvez faire la même chose. Vous pourrez aussi choisir de canaliser vos émotions pour entamer un projet qui vous tient à cœur. La colère mène souvent plus à l’action que la peine, mais assurez-vous que la motivation qui émane de votre colère soit positive. Vous pouvez aussi exprimer vos émotions avec des techniques d’art thérapie : les mandalas sont fantastiques pour se centrer alors que les doodles aident à évacuer le stress.

Mais surtout, rappelez-vous que même si vous vous êtes fait(e) abandonner, que ce soit une fois ou peut-être même plus, vous MÉRITEZ de vivre des relations interpersonnelles SAINES ! Vous méritez d’avoir confiance en vous et de vivre votre vie en étant heureux(se). Ce serait dommage que vous compreniez à 40 ans que vous avez passé à côté des amitiés et des relations amoureuses qui pouvaient être enrichissantes et ce, juste parce que vous vous protégiez de rejets et rejetiez les autres avant qu’ils n’aient le temps de vous abandonner. Donnez-vous le droit d’aimer, de vivre et de faire confiance à l’autre. Avoir une relation interpersonnelle est toujours un risque, mais elle peut apporter un immense bien.

Si vous avez des difficultés à mettre en place les techniques brèves mentionnées dans ce texte ou si vous voulez approfondir votre compréhension de vos mécanismes de défense, n’hésitez pas à consulter un psychologue ou un coach familial qui saura vous guider dans votre démarche.