• Trois petits tours et puis s’en vont…

    À quoi servent ces quelques minutes dans le bureau ?

    Attendre 45 minutes pour une consultation de 5 à 10 minutes avec son médecin est chose courante : « Trois petits tours et puis s’en vont », n’est plus juste une comptine de cour d’école !  Vous qui aviez pourtant tant de questions !   Mais elles se sont  envolées comme par magie, dès que vous avez posé le pied sur le sol en descendant de la table d’examen.

    Vous venez d’apprendre que ce n’est pas votre médecin qui vous renseignera le plus sur le déroulement de votre grossesse, de l’accouchement ou des soins au nouveau-né. Heureusement, pour ces aspects, vous pouvez compter sur les cours prénataux et les rencontres  avec les infirmières, les sages-femmes (dont les rencontres de suivi durent en moyenne 50 minutes) et les accompagnantes à la naissance.  Ayant moi-même assisté quelques centaines de naissances en tant qu’accompagnante à la naissance et sage-femme pendant une dizaine d’années, je ne peux que vous encourager à prendre le temps de bien vous informer sur le contenu des cours prénataux que vous choisirez : certains sont plutôt ennuyeux et ne vous offriront que des informations limitées concernant la naissance, sans tenir compte du vécu de futur parents.  Pas de quoi motiver papa à vous accompagner !  Recherchez des cours plus étoffés qui correspondront mieux à votre niveau de connaissance et vos aspirations.

    Mais revenons au suivi clinique de la grossesse puisque mieux le comprendre vous permettra de faire des choix éclairés.  Commençons d’abord par aborder les principales problématiques que ce suivi vise à dépister.[1]

    L’hypertension artérielle sans protéinurie (sans présence de protéines dans les urines)

    Hausse de la tension artérielle qui pourrait entraîner un retard de croissance et un ralentissement du fonctionnement des reins chez le fœtus.

    Pré-éclampsie et la crise d’éclampsie.

    Les signes cliniques de la pré-éclampsie sont : l’augmentation marquée de la tension artérielle, la présence de protéines dans les urines, une diminution de la quantité d’urine, un œdème important  se propageant au visage, une vision floue avec des éclairs, des maux de tête et une sensation de barre qui se transforme rapidement en douleur importante au niveau du plexus.  Ces symptômes, s’ils ne sont pas dépistés à temps, peuvent mener à la crise d’éclampsie, qui se caractérise par des crises de convulsions pouvant causer des hémorragies internes et/ou priver d’oxygène tant  le fœtus que la mère. Les symptômes étant facilement identifiables lors d’un bon suivi de grossesse,  il est très rare de nos jours de voir une réelle crise d’éclampsie. Il est à noter que cette complication, peut être aggravée par une faiblesse ou une surcharge des reins.  Sachant que les multivitamines prénatales commerciales sont difficilement assimilables, occasionnant ainsi un travail plus important des reins, il serait préférable de choisir une multivitamine de sources naturelles.

    Diabète de grossesse

    Le diabète quant à lui, pourrait causer une augmentation considérable du poids du bébé et /ou une hypoglycémie à la naissance puisque son système serait habitué à gérer d’importantes quantités de sucre.   La présence importante de glucose lors des tests d’urine, des maux de tête ainsi qu’une augmentation marquée de la soif et des urines, seraient des indices qui nécessiteraient une plus grande investigation.  Par contre, le test d’hyperglycémie provoquée, où l’on fait boire à la mère une boisson très sucrée afin d’évaluer sa capacité à gérer le glucose, est remis en question entre autres par Isabelle Brabant, une sage-femme réputée qui a fait de nombreuses recherches sur le sujet.  Comme le sujet est complexe, je vous invite à consulter son livre, Une naissance heureuse,  un « Best seller » depuis plus de 20 ans au Québec et ailleurs dans le monde.  Vous y trouverez une foule d’autres renseignements pertinents et des histoires de naissances qui vous permettront de prendre des décisions éclairées durant cette merveilleuse étape de vie !

    Retard de croissance

    Une hauteur utérine qui stagne pourrait indiquer que le fœtus ne reçoit pas tous les nutriments nécessaires à sa croissance.  Si c’est le cas, demandez à ce qu’on vérifie si le bébé ne s’est pas engagé dans le bassin: un bébé très bas ne fera pas augmenter votre hauteur utérine tout en étant en parfaite santé.

    Voici donc en résumé, ce à quoi servent les différents examens effectués durant le suivi de grossesse :

    Le test d’urine :

    1. Présence de protéines : symptôme possible de pré-éclampsie.
    2. Présence de leucocytes: possible infection urinaire sans autres symptômes.
    3. Présence de sucre : possible diabète de grossesse… ou un repas trop sucré dans les heures précédentes !

    La prise de tension :

    1. Dépistage de l’hypertension, de la pré-éclampsie et de l’éclampsie.

    L’examen du col :

    1. Entre 26 et 34 semaines: dépiste la possibilité de travail prématuré, surtout lorsqu’il y a présence de contractions.
    2. Entre 34 et 42 semaines : permet de constater que le corps se prépare mais n’a que très peu de valeur pour prédire le déclenchement et la durée de l’accouchement. Il est dons peu utile à ce stade, sauf pour pratiquer le décollement des membranes lorsque l’accouchement tarde : plus de 41 semaines au moins. Attention : certains médecins le pratiquent bien avant, sans vous le demander.  C’est une intervention qui augmente le risque de ruptures de membranes, ce qui est à éviter dans la mesure du possible.[2]

    La mesure de la hauteur utérine:

    1. Évaluation de la croissance du fœtus.
    2. Évaluation de la quantité de liquide amniotique (trop ou trop peu peut indiquer une complication).

    La palpation :

    1. Identification de la position fœtale (tête en bas et dos en avant étant plus favorable).
    2. Évaluation du poids du fœtus (habileté qui se perd malheureusement depuis l’avènement de l’échographie, sans que ce soit plus fiable).

    L’écoute du cœur fœtal :

    1. Confirmation du bien-être et de la vitalité du fœtus.
    2. Vous permet de vous émouvoir de ce petit cœur qui bat en vous et vous rappelle que vous vous apprêtez à vivre une expérience d’une grande richesse !

    Bien sûr, il existe d’autres test qui vous seront proposés à différents stades de la grossesse, tels que l’échographie, le dépistage du streptocoque B, les prises de sang (anémie, ITTS, immunisation contre certaines maladies) ainsi que l’amniocentèse et différents tests servant à dépister la trisomie 21.  Chaque test pourrait faire l’objet d’un article complet.  Je vous invite donc à vous renseigner sur chacun d’eux avant de les accepter.  Outre le livre « Une naissance heureuse » ,  Internet demeure un incontournable quant au partage d’informations : je vous encourage cependant à toujours valider ces informations auprès de professionnels en qui vous avez confiance.

    Enfin, le suivi clinique de la grossesse demeure un important facteur de protection pour les mères et leurs enfants à naître.  Sachez en tirer profit, tout en gardant confiance en votre capacité naturelle à mettre au monde un enfant en santé !  Le corps des femmes est si merveilleusement conçu pour donner la vie !


     

    [1]Je préfère toujours parler de prévention et de santé que des problèmes pouvant être rencontrés durant la grossesse pour une simple raison: nous sommes un grand nombre de professionnels à croire que mettre le focus sur les problèmes entraîne de l’anxiété, ce qui a pour effet d’éloigner les femmes des ressources intérieures qu’elles possèdent pour bien vivre leur grossesse.  Je vous invite dons à lire ce texte pour comprendre la nécessité du suivi, mais à ne pas vous laisser gagner par la crainte.  Si tel était le cas, je vous encourage à faire appel à un(e) professionnel(le) de la santé ou de la relation d’aide pour retrouver votre sérénité.

    [2] Plus d’information sur la rupture de membranes dans le livre « Une naissance heureuse » d’Isabelle Brabant.