• Ma chérie, il y a parfois des “méchants” dehors !

    Ma chérie, ma belle fille d’amour…  Aujourd’hui je cherche mes mots pour te parler. Il est très difficile pour mon cœur de maman de voir passer à la télé et sur Facebook, ces images de jeunes filles disparues.  Je voudrais te protéger du monde et que tu puisses garder ton cœur d’enfant qui croit en la beauté de l’humain et en l’amour.  Moi aussi j’y crois, et j’y croirai toujours.

    Je cherche mes mots aussi parce que si je ne les pèse pas bien, tu croiras que j’exagère, qu’à toi c’est impossible que ça arrive.  Je suis presque certaine que tu as raison.  Et je l’espère de tout mon cœur… tout en me souvenant que je me suis mise parfois dans des situations très à risque, avec toute la candeur de ma jeunesse.  On dirait qu’un ange m’a protégée et il ne m’est rien arrivé de grave. Merci, grand merci !

    Je veux bien demander aux anges de te protéger.  N’empêche que j’aurais l’impression d’avoir vraiment fait mon travail de maman si je te parle un peu des « méchants » que tu pourrais croiser.

    Ensuite, je devrai te faire confiance.  Parce que depuis longtemps, il m’arrive de te laisser faire des choix, de te laisser apprendre quand tu fais des erreurs.  C’est la meilleure garantie que j’ai que tu sauras te débrouiller dans l’adversité.  Tu sais, j’aurais tellement  voulu courir engueuler ces petites filles qui t’insultaient à l’école et écrivaient des méchancetés à ton propos sur Facebook l’année dernière !   Mais je t’ai accueillie.  Je t’ai aidée à trouver des solutions, à t’affirmer et à demander de l’aide.  J’étais là avec toi, prête à sortir mes griffes, mais étonnée et fière de voir que tu as pu te défendre sans moi.  Alors, je sais que toutes ces fois où je t’ai laissée grimper dans un module de jeu un peu trop grand pour toi et que tu as eu peur d’en descendre, ces fois où tu ne voulais pas faire tes devoirs et que tu as dû en subir les conséquences le lendemain, et cette fois où tu as caché sous ton chandail les petites barrettes que tu voulais tant et que tu as dû les rapporter au magasin, je sais que tu as développé ton jugement et ta capacité à faire des choix.

    N’empêche…  J’ai envie de te parler de ces petites choses subtiles, dérangeantes, inconfortables, que tu pourrais vouloir étouffer en toi, parce que tu es en amour, et que l’amour, c’est tellement puissant, tellement magique !!!

    Ma chérie, il y a en toi, un signal d’alarme.  Mais un prince-charmant-pas-si-charmant pourrait habilement le désamorcer…  Parce que les « méchants » dans la vraie vie, ce n’est pas comme dans la plupart des films où on les voit venir de loin avec leurs regards sombres et des rires sadiques, ou encore, offrant des bonbons aux enfants derrière le volant d’une mini-van blanche.  Ils sont plus subtils, parce qu’ils savent que tu as vu des tonnes de films et que tu es intelligente.  Ils sont gentils, attentionnés… et même souvent mignons !

    Devras-tu te méfier de tous les garçons ?  Absolument pas !  La plupart sont formidables, avec leurs qualités et leurs défauts, comme nous tous d’ailleurs.  Va à leur rencontre, découvre l’amour, ouvre ton cœur !  C’est merveilleux l’amour !

    De quoi devras-tu te méfier alors, si ce n’est pas des garçons et de l’amour ?    C’est bien simple : de certaines paroles et de certains comportements.  Des exemples ?

    • Les « Je t’aime ! » qui coûtent cher…

    Un gars qui te dis « Je t’aime ! » et le ressent sincèrement, ne te demandera jamais de faire quoi que ce soit qui pourrait te faire du mal.  Les amies et les gangs qui t’apprécient réellement non plus.  L’amour ne s’achète pas.  Jamais.

    Quelque chose cloche si, pour garder ton chum ou tes amis, tu dois faire des petits vols, humilier ou blesser quelqu’un sans raison ou avoir des relations sexuelles sans en avoir envie.  Je te le répète : l’amour ne s’achète pas.  JAMAIS !

    • « J’ai eu une enfance difficile… C’est pour m’en sortir que je… »

    Il te raconte des histoires d’horreur (vraies ou inventées) sur son enfance malheureuse.  Il veut une belle vie de famille, un travail, une vie normale quoi !  Mais pour ça, il doit payer des dettes énormes, impossibles à payer avec un travail ordinaire.  Et il a besoin de toi : ton amour le sauve, mais si tu pouvais aussi l’aider à payer ses dettes un peu plus vite, vous pourriez enfin vivre une vie de rêve très bientôt !  Après tout, faire une fellation, ce n’est pas vraiment coucher avec quelqu’un…

    Qu’en penses-tu ?

    • Les gros cadeaux, c’est louche !

    Des vêtements de marque, des bijoux luxueux, se promener en gros char, et plein de petits cadeaux, ça coûte cher !  La drogue aussi…  Il y a généralement un prix à payer.  Un jour. Pas maintenant, et dans assez longtemps pour que tu aies bien confiance.

    Un gars qui t’aime vraiment, n’a pas besoin de t’épater avec des biens matériels : c’est le plaisir d’être ensemble qui fait que tu as envie de le revoir.

    • « Je t’adore, mais n’oublie pas : tu n’es pas parfaite. »

    Autant lui que ses amis te font sentir spéciale et extraordinaire, autant ils font des commentaires blessants, sur ce qui te touche le plus.  Des commentaires sur ta façon de te vêtir, des sarcasmes quand tu parles, des petits rires quand tu « es maladroite », des « Je comprends, tu n’es pas encore assez mature » quand tu refuses un « trip »…  Tu vois, le genre de phrases qui te font sentir « cheap », inadéquate, à répétition.

    • Il t’accorde beaucoup d’attention et te traite comme une reine… puis t’ignore complètement.

    Vous passez un merveilleux moment où il est attentionné, romantique, drôle, généreux, puis, soudain : plus aucune nouvelle.  1 jour… 2 jours…  Il ne répond pas à tes texto ni à tes appels. Il a tout simplement disparu dans la brume.  Quand il revient, il te rassure :  tu es la personne la plus merveilleuse sur terre, alors pourquoi donc aurait-il envie de te quitter ?

    Aussi, il a d’excellentes raisons.  Tu n’es pas une nouille et il le sait.  Alors ses histoires sont vraiment crédibles. À répétition.  Après un temps, parfois très longtemps, tu pourrais te demander comment tu as pu avaler toutes ces histoires.  Ils sont habiles, ce n’est pas toi qui a un problème, je t’assure.

    • « Tes parents capotent pour rien ! », « Ton amie Cynthia est vraiment étrange ».

    Tu te chicanes avec nous, tes parents ?  Ils en profitent pour t’écouter, t’accueillir et te protéger de ces « méchants personnages contrôlants ».  Ton amie ne veut pas aller à cette super-soirée-qu’il-ne-faut-absolument-pas-manquer ?  Elle est un peu étrange, tu ne trouves pas ?  Pas comme toi, qui est si géniale, si merveilleuse !

    Isolée, coupée de tes anciennes relations, personne ne remettra en question ce qu’ils font.  Ils gagnent ainsi un peu plus de pouvoir sur leur « proie ».

    • Et plein de petites paroles et petits gestes qui sèment le doute et un malaise en toi.

    Bon, j’espère que tu ne rencontreras jamais de telles personnes.  En fait, selon les statistiques, il y a quand-même peu de chances.  Mais tu vois, dis comme ça, ça a l’air gros.  Évident.  Sauf que dans la vraie vie, une petite chose à la fois, c’est vraiment efficace comme technique.  Créer un sentiment d’appartenance avec leur victime, jouer sur ses sentiments tels que l’amour ou la pitié, semer le doute quant à sa valeur, lui faire faire des choses dont elle pourrait avoir honte, l’isoler…  C’est assez efficace pour prendre quelques centaines de filles par année.  Ça me donne des frissons.

    Si un jour il t’arrive quelque chose du genre, que ce soit un début de malaise ou de « système d’alarme » qui semble se mettre en marche, ou encore que tu aies honte de t’être fait avoir et de t’être enlisée dans une situation épouvantable, PARLES-EN !  La honte et le désespoir sont des armes puissantes qu’ils utilisent contre leurs victimes.  Tu dois trouver quelqu’un à qui parler : j’espère que tu sais que je t’aime assez pour t’accueillir sans te juger, même si tu fais des erreurs.  Sinon, parle à ta sœur, ton frère, ton professeur ou ta TES, mais parle, je t’en prie !!!

    Parce que si moi, je me rendais compte trop tard que tu es réellement sous l’emprise d’une telle machination, je ne pourrais plus t’en parler : j’ai lu que je pourrais ainsi briser les ponts qui te relient à notre monde…  Ce serait terrible pour moi de savoir sans pouvoir faire quoi que ce soit tant que tu n’ouvrirais pas une porte.  Mais parce que je t’aime, j’irais chercher de l’aide pour passer à travers et garder les ponts ouverts, priant pour que les anges te protègent.

    Bon, il fallait que je te le dise.  Maintenant que tu sais, je te fais confiance.  Je sais que tu croiseras des « méchants », inévitablement : parfois de simples manipulateurs, peut-être aussi de ces dangereux personnages que je viens de te décrire.  Mais rappelle-toi :  il y a en toi un petit signal, une petite lumière qui s’allumera, un petit feeling qui te dira que tu dois t’éloigner et prendre une autre voie.

    Je t’aime ma chérie.  J’ai confiance que peu importe ce qui t’arrivera dans la vie, tu sauras t’en tirer avec brio !