• Mon corps, mes limites et celles des autres… Un apprentissage à faire dès les premières années !

    Tout comme l’apprentissage d’une langue, la découverte de son propre corps, étant enfant, demande un accompagnement. Dès les premiers mois de vie, ce dernier s’émerveille devant ses petites mains et ses petits pieds. À peine atteint-il l’âge de deux ans qu’il fait déjà la découverte de sa propre sexualité et pose des questions simples comme : « C’est quoi ça ? » en pointant ses membres génitaux.  La petite sœur, de son côté, pourrait demander : « Pourquoi mon frère n’est pas comme moi ? ». C’est ainsi que commence alors votre rôle d’accompagnateur rassurant qui dit les vraies choses…

    Malgré la gêne que cela peut apporter, il est important de nommer les parties du corps par leur vrai nom. Un pénis est un pénis, pas un « zizi ». La vulve est une vulve, pas un « minou ». Il est important de suivre le rythme de son enfant et sa curiosité du moment. Ne répondez pas plus que la question posée, mais répondez-lui. 😉

    Votre enfant arrivera à une étape où il découvrira que ses parties intimes génèrent un certain plaisir. Elle se présentera dès la petite enfance, où les tout-petits découvrent l’auto-stimulation. Par inconfort, plusieurs parents seront tentés de faire cesser rapidement le comportement en faisant peur ou en culpabilisant. Cependant, cette étape fait partie de l’apprentissage de la sexualité et représente le moment idéal pour aider l’enfant à assimiler comment traiter son petit corps en abordant le sujet de ses limites et celles des autres. Diriger et normaliser sont ici des mots clés pour l’accompagnement du parent dans ce contexte.

    Les moments propices à l’apprentissage se présenteront tout naturellement.  Par exemple, lorsque votre enfant est assis devant le téléviseur et regarde une émission, la main dans son pantalon et le visage ailleurs, rien ne sert  de crier de la cuisine par inconfort ou impulsivité : « Enlève ta main de ton pantalon, ce n’est pas propre ! ». Par cette intervention, différents messages peuvent être envoyés à l’enfant tel que : c’est mal de se toucher et se masturber ou encore que la sexualité « c’est sale ». Ce qui pourrait amener chez l’enfant une association négative et un sentiment de malaise par rapport à la sexualité. Optez plutôt pour cette option : se diriger doucement vers lui, s’asseoir près de lui et lui expliquer qu’il est en train de faire la découverte d’une sensation nouvelle en touchant son pénis. Poursuivre en mentionnant que cette découverte doit se faire dans son intimité, pas en cachette, mais bien dans un endroit calme comme sa chambre.

    Soyez rassurés, un enfant ne cherche pas à assouvir un besoin, il est tout simplement dans son monde de la découverte, en exploration. En agissant ainsi, on lui enseigne que le geste n’est pas fautif, qu’il est normal, mais qu’il doit être fait ailleurs. Nous sommes en train d’instaurer des limites pour le respect de son corps et des autres qui l’entourent. Ainsi, un environnement calme et intime est un endroit approprié pour ses découvertes, contrairement au sofa devant les invités du vendredi soir ou à la table lors d’un repas en famille.

    Voici trois points importants à souligner à nos tout-petits :

    Mon corps m’appartient

    L’enfant est le boss de son propre corps. Nul ne peut le toucher sans sa permission et personne n’a le droit de lui faire mal. Ni un membre de la famille, ni les amis, ni les enseignants, ni les éducateurs. Ses parties intimes, cachées par les sous-vêtements, sont privées. Toute personne qui s’approche de son corps doit avoir son autorisation. Celle-ci peut se faire de façon verbale ou non-verbale. Nous devons apprendre à nos enfants qu’ils sont en droit d’accepter ou non des câlins et bisous des amis ou membres de la famille. En tant que parent, nous devons respecter l’enfant qui ne veut pas faire de bisous ou de câlins. C’est son choix.
    Comme signe de politesse, d’autres options peuvent être utilisées : un “hi-five”, un bisou soufflé ou toute autre méthode convenue avec l’enfant.

    Les gestes confortables et indésirables sont exprimés

    Lorsque notre enfant ne se sent pas bien, nous voulons l’inviter à le manifester avec des mots ou des gestes acceptables. Il commence déjà à apprendre comment son petit corps lui parle dans divers contextes. Lorsque nous sentons notre enfant inconfortable dans une situation, voilà une belle occasion, dans un premier temps, de lui mentionner l’importance de le nommer et de s’objecter. Dans un deuxième temps, nous pouvons pratiquer avec lui comment exprimer ses limites, comment son corps lui parle et comment l’écouter afin de se faire respecter.

    Concrètement, vous pouvez inviter l’enfant à dire « NON » verbalement, à imposer une distance physique entre lui et l’autre personne à l’aide de son bras et au besoin aller chercher un adulte de confiance si l’autre personne insiste. Vous pouvez également faire un retour avec lui pour l’aider à verbaliser son ressenti : l’envie de pleurer, l’envie de fuir, les joues rouges, il ne se sent pas bien, etc.


    « En petite enfance, l’enfant a souvent une attirance pour le jeu du docteur. Cette quête de son corps et celui de l’autre est tout à fait normal. Quel beau moyen pour établir des règles! Par exemple: on ne touche pas les parties intimes des amis (vulve, pénis, fesse… tout ce qui se trouve sous la petite culotte et les seins pour la petite fille).  On pourrait ajouter une autre règle: on n’entre rien dans les trous – le nez, la bouche, l’oreille, la vulve, l’anus. On s’assure de garder un œil ouvert sur la situation de jeu. Nous félicitons pour le respect des règles et dirigeons, si besoin d’ajustements, sans culpabiliser l’enfant. Rien de tel pour apprendre le respect des limites dans le jeu. »

    Je peux faire confiance à mon parent et à mon ressenti

    En tant que parent, vous aspirez à créer un lien de confiance significatif avec votre enfant. Répondez à ses questions le plus simplement possible. Prenez le temps de recevoir ses émotions, tant dans les moments inconfortables que les moments heureux. Si vous avez des doutes sur un inconfort qu’il peut vivre, posez des questions et nommer votre inquiétude sur son silence. S’il vous parle d’une situation particulière, éviter de banaliser ce qu’il exprime, investiguez et accordez une importance à ce qu’il vous dit. Votre enfant a besoin de savoir qu’il peut vous faire confiance.

    Dès l’âge de 6-7 ans, jouez au jeu “ Que ferais-tu si…” en le laissant donner ses idées et ses solutions, sans jugement de votre part. Votre acceptation et votre intérêt sur sa façon de penser lui donneront de la confiance en soi. Par ce jeu, vous pouvez aborder plusieurs sujets au fur à mesure que votre enfant grandit et se développe.

    Quelle activité de choix pour développer une belle complicité et un lien étroit avec votre enfant !

    Il est important d’aborder ces points, car l’enfant apprend alors, dès son jeune âge, à connaître les bases d’une sexualité saine, heureuse et respectueuse ainsi que les composantes d’une sexualité malsaine. Encore une fois, profitez des questions et des commentaires que votre enfant vous adresse pour échanger avec lui. Vous ne courez aucun risque de le perturber, contrairement aux effets du silence et du changement de sujet.

    En évitant de rendre la sexualité taboue par notre façon d’être et nos comportements, une belle collaboration s’installera doucement en respectant le rythme et le développement de votre enfant.

    Le lien de confiance ainsi créé permettra, à moyen et long terme, une ouverture pour des discussions futures sur la sexualité et les agressions sexuelles. Votre adulte en devenir apprendra à respecter les limites que sa ou son partenaire lui adressera. Il/elle aura déjà appris que son corps lui appartient et que celui de l’autre n’est pas sa propriété. Un investissement à long terme qui n’a pas de prix!

    Vous n’êtes pas seul-e dans ce cheminement. Sachez que, quel que soit le thème à aborder concernant votre enfant, vous êtes outillé-e pour faire le meilleur qui soit. Il existe toutefois des ressources pour vous accompagner. N’hésitez pas à vous adresser à un coach familial et parental du réseau Nanny secours qui pourra vous guider et vous rassurer dans vos interventions.


    Article écrit en collaboration avec Andrée- Anne Laberge et Linda Faucher