• Simple chicane d’enfants ou intimidation?

    Vous est-il déjà arrivé de ne plus savoir où donner de la tête devant une dispute d’enfants? Vous les avez séparés, leur avez demandé qu’ils s’expliquent chacun leur tour, expliqué qu’ils seraient beaucoup plus gagnants s’ils arrivaient à trouver une solution et vous les avez envoyés régler leur différend. Excellent, MAIS, vous restez avec un drôle de sentiment. Vous avez l’impression que vous vous êtes fait avoir. Et malgré votre « intervention  parfaite », il vous reste un goût amer. Premier conseil: suivez votre intuition.

    Ce ne sont pas toutes les disputes d’enfants qui se règlent à l’amiable!

    Malgré toutes vos bonnes intentions, ce ne sont pas toutes les disputes d’enfants qui se règlent à l’amiable. Il est même dommageable de confondre un conflit et un rapport de force. Le rapport de force ne peut se résorber de lui-même et il est nécessaire qu’un adulte intervienne. Il n’y a pas de place, pour la négociation, la discussion ou la communication. Il y a un enfant qui s’impose par la force, qui mène le bal alors que l’autre est à sa merci, d’où l’impossibilité d’un règlement à l’amiable. Alors que faire? D’abord distinguer le conflit du rapport de force. Le conflit fait partie de la vie. Il est quasiment impossible de vivre des relations interpersonnelles sans avoir à un moment ou un autre, un conflit. Au centre de tout conflit, il y a généralement un sujet de discorde entre deux personnes qui ne partagent pas le même point de vue ou la même opinion. Ce peut être à propos de buts différents, de façons de faire particulières, de besoins distincts, de valeurs contrastantes, etc.

    Quatre questions pour bien distinguer le rapport de force versus le conflit.

    Pour bien saisir les caractéristiques du rapport entre enfants où l’un s’impose à l’autre par la force, lors de la reconstitution des faits, il faut se poser quatre questions :

    1. L’une de deux parties cherche-t-elle à gagner à tout prix ? (le gain);
    2. L’une des deux parties utilise-t-elle une forme d’intimidation pour arriver à ses fins? (acte de violence);
    3. Si elle se fait prendre, a-t-elle recours à des justifications? (sentiment de légitimité);
    4. L’enfant qui a été agressé, a-t-il perdu son pouvoir ou est-il mis dans l’impuissance? (la victime).

    Si vous répondez oui à ces questions, il y a intimidation et vous devez intervenir.

    Prendre position

    Une fois que le rapport de force est identifié, il faut prendre position. Informer les enfants que vous êtes contre la violence, l’intimidation et le rapport de force. Cette prise de position est importante parce qu’elle brise la loi du silence et de la peur qui entoure la violence.

    Responsabiliser l’intimidateur

    La responsabilisation doit lui permettre de comprendre les blessures qu’il a infligées pour obtenir son gain. Le responsabiliser, c’est aussi et surtout agir pour contrer son sentiment de légitimité.  Comment agir ? En refusant ses justifications, et en tentant de l’amener à éprouver de l’empathie envers sa victime.

    Il y a deux façons de responsabiliser l’enfant agresseur : intervenir sur le sentiment de légitimité qui est en développement et lui signifier les conséquences, afin de briser son conditionnement de réussite face à la violence. Il faut donc le sanctionner et/ou trouver avec cet enfant un moyen de réparer le tort causé pour corriger le sentiment d’injustice et d’insécurité chez l’enfant victime.

    Reprise de pouvoir de la victime

    Ce qui m’amène à la dernière intervention, mais non la moindre. La violence, quelle que soit sa forme, a un impact sur les victimes et laisse habituellement des traces. Il est donc important, si nous ne voulons pas que l’enfant intimidé vive dans l’impuissance, déprime, s’isole, cherche à se venger ou explose, d’intervenir le plus tôt possible.

    Comment amener la victime à reprendre du pouvoir suite à l’agression? En questionnant sa perception de l’évènement et des justifications qu’a utilisées l’enfant agresseur à son endroit. En vérifiant l’impact que l’agression a eu sur lui, de façon à recadrer ses perceptions biaisées, s’il y a lieu. Et si on constate que l’enfant craint de revivre d’autres expériences semblables, on peut prévoir avec lui des scénarios de reprise de pouvoir.

    La reprise de pouvoir permet d’atténuer les impacts de la violence et augmente l’estime de soi.

    La responsabilisation permet l’apprentissage de l’empathie et de la coopération.

    Cet article est inspiré du livre : Prud’homme Diane, Violence entre enfants casse-tête pour les parents. Les éditions du remue-ménage. 2008