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Trop, c’est comme pas assez ! Protéger versus surprotéger ses enfants.

Laisser l'enfant apprendre de ses erreurs

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« Trop c’est comme pas assez!!! » Vous connaissez cette expression? « Est-ce que je le protège trop? Suis-je une maman-poule?» « Est-ce que je l’encadre trop? Ou pas assez? » «Suis-je trop sévère ou pas assez? » Vous vous reconnaissez? Comme parent, nous nous sommes tous posé cette question au moins une fois!  Il peut être alors parfois difficile de savoir si nous sommes justement « trop » ou « pas assez ».

« TROP! »

Comme parent nous voulons bien faire et protéger nos enfants. Nous voulons plus que tout leur éviter de vivre des malaises qui pourraient leur faire de la peine, les mettre en colère, les décevoir… bref leur faire vivre des émotions négatives. Mais à trop vouloir les « protéger », nous leur induisons, sans le vouloir, qu’ils n’ont pas les compétences et les capacités pour faire face aux épreuves qui surviennent. Ainsi, il y aura différents impacts sur la vie d’un enfant que l’on surprotégera.  Voici, pour ma part, les 2 plus importants:

Perte d’autonomie

Il est primordial pour un enfant d’explorer son environnement de toutes les manières possibles afin de développer son autonomie. Ainsi, un parent qui empêche cette exploration de peur que son enfant se blesse, nuira au bon développement de son enfant et enverra comme message à celui-ci qu’il est incapable de le faire seul. L’enfant sera probablement constamment toujours près de son parent et aura de la difficulté à s’éloigner d’eux. L’enfant pourrait vivre de l’anxiété face à de nouvelles situations ou de nouveaux environnements car il n’aura pas appris à y faire face, il n’aura pas lui-même développer les habiletés pour surmonter cette nouvelle épreuve. La capacité de résolution de problème doit impérativement se développer pour amener l’enfant à évoluer et à grandir.

Perte d’estime et de confiance en eux

«L’estime de soi est faite de quatre composantes: le sentiment de confiance, la connaissance de soi, le sentiment d’appartenance à un groupe et le sentiment de compétence. Le sentiment de confiance est préalable à l’estime de soi. En effet, il faut d’abord le ressentir et le vivre afin d’être disponible pour réaliser des apprentissages qui vont nourrir l’estime de soi. (…) Il faut donc accorder une importance toute spéciale à la sécurité et à la confiance.[1]»

Ainsi, si l’enfant ne vit pas de situations où il a lui-même expérimenté, trouvé la solution et ressenti la fierté d’avoir réussi, il ne parviendra pas à se percevoir comme un être distinct, avec des forces et des capacités propres à lui. Il se pourrait donc que l’enfant évite les situations nouvelles, de peur de ne pas se sentir à la hauteur pour relever les défis que cette situation lui apporte. À l’âge adulte, cela amènera bien des difficultés…

« PAS ASSEZ »

Il est bien évident qu’un manque d’encadrement et de soutien affectif aura aussi des impacts négatifs sur le développement de l’enfant.

Un enfant qui n’aura pas de limites claires et définies aura de la difficulté à évoluer positivement dans son environnement. Il sera constamment à la recherche de ces limites et les repoussera tant qu’il ne les aura pas trouvées! L’absence de limites amènera l’enfant à vivre de l’insécurité qui pourra se manifester de différentes façons allant de la crise de colère à l’anxiété et aux troubles de comportements divers.

Nous le savons, un manque d’encadrement peut aussi mettre la vie des enfants en danger. L’enfant ne connaissant pas les limites et les situations dangereuses pourrait devenir très téméraire et avoir des conduites dangereuses.

Dans les pires cas, il pourrait y avoir aussi des impacts au niveau de la motivation scolaire, du décrochage scolaire, des comportements difficiles, des troubles de l’attachement, de l’anxiété généralisée et certains troubles mentaux.

Et si nous parlions d’équilibre ?

Nous désirons tous que nos enfants deviennent des adultes autonomes et responsables qui réussissent dans la vie. C’est souvent l’anxiété qui nous fait intervenir sur des situations pour lesquelles nous ne devrions pas, à partir de nos propres peurs… Toutefois, nos enfants à la base, n’ont pas ces peurs. C’est bien souvent nous qui projetons nos peurs sur eux lorsque nous leur disons : « Ne grimpe pas à l’arbre! Tu vas tomber! » ou encore « iiiiiiii Attention!!! Ne court pas trop vite tu vas tomber et te blesser! »

Si nous leur faisions confiance ?

Il peut être très important et bénéfique de se poser des questions avant d’intervenir :

  • La situation est-elle dangereuse (réellement!) pour mon enfant? Ici, je parle de danger physique : il pourrait se faire écraser par une voiture ou encore il pourrait tomber dans l’eau et se noyer…Vous savez, des cas extrêmes où la dangerosité est à un niveau élevé!!!
  • À quelle peur cela fait-il référence chez moi? Est-elle réaliste dans le moment?
  • Mon enfant possède-t-il les capacités physiques pour faire ce qu’il veut faire?
  • Puis-je prendre le temps de discuter avec lui pour prendre le pouls de la situation et avoir son point de vue sur ses propres capacités?
  • Puis-je l’outiller, l’accompagner, sans lui donner de réponses préconçues sur le défi du moment?

Toutes ses questions nous amènent à être un peu plus objectif de la situation « potentiellement dangereuse ». Cela nous amène aussi à dédramatiser et à faire confiance à notre enfant. Et puis, disons-le, pendant que nous sommes occupés à nous questionner (oui oui!  il faut parfois prendre quelques bouffées d’air et quelques minutes pour réfléchir!) nous laissons le temps à l’enfant d’agir… pour souvent nous rendre compte, que notre enfant est capable et qu’il trouve des solutions lui-même! Ils sont souvent bien étonnants et surtout intelligents!

Bien souvent, la non-intervention sera donc la meilleure option. C’est lorsque nous nous abstenons d’intervenir que notre enfant développe sa capacité de résolution de problèmes. Parfois, juste une oreille attentive, un clin d’œil et la confiance que nous mettons vis-à-vis des capacités de notre enfant, lui permettront de persévérer et de résoudre son problème.

Il faut laisser à l’enfant vivre un malaise pour lui permettre de déployer toutes ses forces et ses capacités intérieures.  C’est parfois nous, comme parent, qui avons de la difficulté à voir notre enfant vivre une difficulté. Laissons-les réfléchir un peu… Et si sa solution est de venir vous demander de l’aide, c’est aussi une stratégie à développer. À toujours être au-devant des besoins de nos enfants, ces derniers n’ont même pas le temps de ressentir quoique ce soit que déjà le besoin est comblé… avant même de l’avoir exprimé!!! Exprimer ses besoins est une base essentielle pour devenir autonome et responsable plus tard. Imaginez-vous à 30 ans, devant votre patron et ne pas être capable de lui dire que vous avez trop de tâches et que vous vous sentez surmené… Qu’arrivera-t-il? Nous ne voulons pas cela pour nos enfants.

Quelques pistes pour éviter de surprotéger votre enfant tout en l’accompagnant dans ses initiatives et ses  défis :

  • Accueillir les émotions vécues lors d’une difficulté. (EX : « Oh, je vois que cela te met en colère de ne pas trouver les réponses à ton devoirs de math. »).
  • Encouragez-le à trouver des solutions possibles à ses difficultés. Soyez présent et écoutez vraiment.
  • Amenez-le à se questionner et à remettre en question ses idées en l’amenant lui-même à voir les conséquences, positives ou négatives, de ses choix, de ses actions.
  • Prévoyez avec lui une liste de solutions, des « en cas de… » s’il quitte seul avec un ami pour aller au parc ou au cinéma par exemple. Assurez-vous toutefois que ce genre de sortie est réaliste selon l’âge de votre enfant et son niveau de maturité.
  • Encouragez ses initiatives malgré vos peurs! Il prendra confiance et viendra probablement vous consulter s’il veut faire quelque chose de plus téméraire. Il saura que vous l’accompagnerez et que vous serez là, quoiqu’il arrive.
  • Évitez d’anticiper pour lui ses besoins. (EX : « Enlève ton manteau tu vas avoir chaud! » « Mange, tu dois avoir faim ».) Cela le surprotège et l’empêche de vivre le malaise qui le poussera à se mettre en action pour trouver une façon de répondre à son besoin.
  • Aidez-le à assumer ses erreurs! Il n’y a pas de mal à se tromper…C’est simplement de cette façon que l’on grandit. C’est essentiel et comme on dit, « ça forge le caractère! ». Par le fait même, aidez-le à comprendre son erreur en lui permettant de réfléchir aux impacts et aux résultats de ses actions.
  • Aidez-le à devenir responsable de lui-même en lui faisant assumer les conséquences de ses actions.
  • Laissez-le faire ce qu’il est capable de faire avant de le faire à sa place. Vous l’aiderez au besoin, lorsqu’il l’aura demandé. (EX : s’habiller, monter ou descendre les marches, ramasser ses vêtements, régler un conflit…)
  • Discuter avec des amis, votre conjoint ou toute autre personne de confiance au sujet de vos craintes, cela vous aidera à avoir un regard plus objectif sur les situations;
  • Évitez de féliciter votre enfant à outrance, pour tout et rien, mais renforcer plutôt ses habiletés personnelles. (EX : « Tu as eu du courage lorsque tu as sauté du tremplin ». Ceci renforce son estime personnelle et l’aide à conserver sa motivation intrinsèque.

Chaque enfant est différent. Avec un accompagnement à sa mesure, votre enfant évoluera et grandira en développant les capacités nécessaires pour devenir un homme, une femme, qui aura confiance en ses propres aptitudes et qui relèvera les défis la tête haute. Soyez de bons accompagnateurs, encadrant certes, tout en laissant la liberté d’explorer et d’expérimenter dans un environnement sécuritaire et sécurisant.

Et dites-moi : dans votre « temps », comment ça se passait? Qu’avez-vous fait ou expérimenté qui a pu donner des sueurs froides à vos parents? Quelles leçons en avez-vous tiré?

Bonne réflexion…!

[1] GERMAIN DUCLOS, L’estime de soi un passeport pour la vie. Édition Le magazine et l’Hôpital Ste-Justine, collection Parents, 2000, 115 p.