• Les consignes à la garderie

    Bonjour,

    Je vous écris aujourd’hui à propos de mon aîné qui a 4 ans. Nous sommes passés en septembre d’un milieu familial à un CPE. L’éducatrice de mon fils me disait qu’elle devait répéter ses consignes deux ou trois fois pour mon fils avant qu’il ne réagisse. Par exemple, lorsqu’ils vont à l’extérieur les petits doivent commencer par mettre leurs bottes puis leur manteau, mais mon fils va commencer, par distraction, par sa tuque. Lorsqu’elle le réprimande et qu’elle le questionne sur la consigne qu’il n’a pas compris, il va répondre qu’elle lui a demandé de se taire, de ramasser ou encore d’écouter, ce qui n’a rien à voir avec ce qu’il fait, mais avec ce qui s’est passé avant. Finalement, lorsqu’ils sont à l’extérieur, il a de la difficulté à suivre le groupe parce qu’il traîne de la patte ou parce que quelque chose a attiré son attention. Est-il normal? Il est capable de faire des casse-tête de 48 pièces, il est donc capable de se concentrer sur une tâche.

    Je m’inquiète pour sa prochaine rentrée scolaire.

    Merci beaucoup

    Karine


    Bonjour Karine!

    Tout d’abord merci pour votre question. Bien qu’il soit difficile de répondre avec précision, je tenterai de vous donner quelques pistes pour améliorer la situation. Si je comprends bien, votre fils vient de changer de milieu de garde et les observations mentionnées viennent de l’éducatrice précédente. L’entrée imminente à l’école est souvent un facteur anxiogène pour les parents et, par ricochet, pour les enfants. Je crois qu’il est sage de se poser certaines questions sans toutefois se laisser envahir par ce phénomène. À mon avis, être proactif pour avoir un sentiment de prise sur les évènements peut grandement aider. Voici donc quelques suggestions, mais gardez en tête que le meilleur moyen pour diminuer ce stress est de faire confiance à notre progéniture! Les enfants, peu importe leur réalité, ont des capacités surprenantes. Être lucide sur la réalité des enfants est pertinent et leur donner confiance en eux pour nourrir leur capacité au bonheur l’est tout également!

    Plus concrètement maintenant. Votre exposé relate deux choses principales : difficultés aux transitions et à l’écoute des consignes. Les transitions sont très souvent des moments difficiles surtout en changement de saison. Il prend un certain temps pour que les enfants apprennent leur nouvelle routine et vivre au Québec engendre de nombreuses contraintes vestimentaires tout au long de l’année. Rien pour faciliter la vie! Faire une séquence à l’aide d’images à laquelle les enfants peuvent se repérer est un outil qui peut grandement aider les périodes d’habillage. Ainsi, tant pour l’enfant que pour l’éducatrice, les différentes étapes mises en séquences seront plus faciles à suivre. Par exemple, vous pouvez dire en pointant une image « L’étape numéro un, regarde, c’est mettre ses bottes! ». Vous aurez un impact beaucoup plus grand qu’en utilisant un simple « Habille-toi! ». N’hésitez pas à faire la séquence d’habillage avec l’enfant en découpant des images de catalogues lors d’une activité de bricolage ou encore utiliser du matériel de sites spécialisés.

    Les transitions peuvent également être facilitées par l’utilisation d’outils qui permettent de gérer le temps. Ainsi, si vous avez un petit budget, je vous suggère fortement de vous procurer un Time Timer ou un sablier (fdmt.ca). Ces objets permettent de quantifier visuellement le temps et ainsi facilite la compréhension temporelle des enfants tout en incitant les intervenants à être plus précis dans leurs consignes et attentes. Donc, donner 10 minutes pour l’habillage et renforcer par une reconnaissance chaleureuse de l’effort fourni peut faciliter l’acquisition de certains comportements. Ce même outil peut également faciliter les temps de retraits, les périodes d’activités, etc.

    Attention sélective aux consignes et aux difficultés de répondre à certaines questions lors des retraits. Plusieurs choses peuvent expliquer le comportement de votre fils. Un niveau d’attention faible, un retrait-retour sur la situation trop longtemps après l’évènement, un  sentiment de mal aise face à sa bêtise et un désir d’éviter un sentiment difficile à gérer, une surcharge de stimuli dans l’environnement… Bref, plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce comportement.

    Dans un premier temps, il est important de clarifier les consignes. Nous avons tendance comme adulte à utiliser un langage souvent complexe et donner plusieurs consignes à la fois. Un jour, une orthophoniste m’a dit une phrase qui me suit lorsque je suis en présence d’enfant : « Si une image ne suffit pas pour illustrer ton propos, c’est un concept abstrait. » (Sylvie Demers) Exprimer clairement ce dont on attend des enfants et diminuer le nombre de consignes à la fois. Assurez-vous d’avoir son attention lorsque vous lui donner une consigne et faites-le répéter votre consigne au besoin. Finalement, établir un lien significatif avec l’enfant, être structurer et clair dans ses attentes peut faciliter la situation.

    Alors, voilà, ce sont mes humbles conseils avec le peu d’information dont je disposais. Si vos doutes persistent, n’hésitez pas à consulter des spécialistes. Je terminerai par un commentaire sur votre dernière question. Votre enfant a sa nature propre, une réalité et un mode de fonctionnement bien à lui. Il ne faut pas perdre de vu la beauté de l’unicité d’un être en devenir. Et rappelez-vous, la normalité est un concept abstrait et subjectif. En effet, aucune image à elle seule ne peut définir ce concept!