• L’intimidation… On en parle, mais que faire ?

    L’envie de ne pas se réveiller le matin, j’ai connu… L’angoisse de devoir monter dans le bus tous les matins, j’ai connu… Pire encore, l’angoisse de devoir descendre du bus devant des brutes qui me coupaient le souffle à coup d’insultes quand ce n’était pas à coup de poing, j’ai connu… Et vous dire, la détresse qui m’envahissait lorsqu’après avoir dénoncé, les attaques redoublaient !

    Travaillant à titre d’éducatrice spécialisée en milieu scolaire, vous comprendrez mon empressement à faire cesser toute forme d’intimidation… Aussi, je me permets aujourd’hui de vous partager plusieurs pistes d’intervention à explorer en tant que parent ou intervenant.

    • Comment soutenir un jeune qui subit de l’intimidation ?
    • Comment intervenir auprès du jeune qui fait subir l’intimidation ?
    • Que faire pour mobiliser les éventuels témoins ?

    Utilisez votre discernement pour déterminer quelles sont les plus pertinentes pour chaque situation et n’hésitez pas à ajouter votre touche personnelle !

    Soutenir un jeune qui subit de l’intimidation

    • Tout d’abord, l’écouter. Laissez-le vider son sac, posez des questions, mais laissez une place aux silences, aux larmes et à la colère.
    • Ne vous emportez pas contre celui ou ceux qui l’ont intimidé. L’enfant a besoin d’un adulte solide qui l’épaulera jusqu’au bout pour faire cesser la situation, mais il peut, et souhaite souvent, régler la situation par lui-même dans un premier temps. Aidez-le à identifier quel est son besoin et ce qu’il attend de vous.
    • Peut-être a-t-il seulement besoin de parler si l’événement est isolé.
    • Ou encore, peut-être a-t-il besoin de soutien pour s’intégrer dans des activités différentes afin d’élargir son cercle d‘amis, puisqu’en groupe, les jeunes sont beaucoup moins vulnérables.
    • Encouragez-le à trouver des phrases à répliquer pour débouter le jeune qui l’insulte. Par exemple, un jeune qui se fait traiter de « fif », pourrait répondre : « Quoi ? T’es intéressé ? Ben pas moi… Demande à quelqu’un d’autre » . Utilisez la technique du « brainstorming » : écrivez ensemble toutes les répliques qui vous passent par la tête sans les censurer, même les plus ridicules. Choisissez les plus pertinentes pour qu’il puisse les utiliser en cas de besoin. Assurez-vous cependant que la situation ne se retournera pas contre le jeune. Il doit pouvoir le dire d’un ton assez calme et assuré, parce que s’il se met en colère, l’effet pourrait être inversé. Si l’intimidation perdure, envisagez d’autres moyens pour ne pas envenimer la situation.
    • Vous pouvez aussi pratiquer des jeux de rôle avec lui pour qu’il développe son assurance et sa capacité à s’exprimer. Faites-lui travailler son ton de voix, sa posture, sa façon de marcher, de prendre sa place physiquement. Apprenez-lui à dire ce qu’il pense en regardant la personne dans les yeux, sur un ton calme et assuré.
    • Rejouez la scène vécue dans en lui faisant interpréter les différents rôles. Permettez-vous d’exagérer, riez-en, variez les issues possibles… Ça permet d’évacuer les tensions, de dédramatiser et de se pratiquer à s’affirmer.
    • La visualisation peut être très aidante. Le jeune peut visualiser une situation où il arrive à s’affirmer : il peut écrire le texte et le lire avant de se coucher par exemple. Ou encore il peut visualiser qu’il est protégé par un bouclier lumineux autour de lui. Ça peut paraître « New age », mais l’impact psychologique est parfois impressionnant.
    • Certains enfants ou adolescents pourraient même augmenter leur confiance en soi, leur sentiment de sécurité et leur courage en demandant à une personne chère décédée de les soutenir dans cette épreuve.
    • Encouragez l’enfant à choisir un symbole de son besoin de sécurité et de courage. Ce peut être une image ou n’importe quel petit objet, pourvu que l’enfant l’associe à son besoin. Encouragez-le à l’avoir à portée de main tout au long de la journée et à s’en inspirer, telle la Mystérieuse Mlle C. avec sa précieuse roche…
    • Consulter en thérapie peut être pertinent.
    • L’hypno-thérapie peut être une voie à explorer, puisqu’elle fait appel à des méthodes de visualisation ancrées dans l’inconscient. Il faut faire une distinction entre l’hypno-thérapie et l’hypnose de divertissement sensationnaliste: l’enfant demeure conscient de ce qui se passe durant la séance et est en contrôle de ses faits et gestes. Faites appel à un professionnel qualifié.
    • Lorsque le jeune qui fait de l’intimidation n’est pas conscient de l’impact de ses attaques et qu’il semble avoir une ouverture pour comprendre, une rencontre où le jeune intimidé exprime ce qu’il vit peut s’avérer pertinente. « Je n’arrive plus à dormir », « J’ai mal au ventre », « Je n’ai plus envie de venir à l’école »… Parfois, cette rencontre aura un impact réel et durable.
    • Lorsque la situation perdure, encouragez-le à dénoncer la situation auprès de la direction de l’école.
    • Il vaut mieux avoir l’accord de l’enfant intimidé avant d’intervenir, mais si la situation l’exige, prenez position et dénoncez. Il aura peut-être peur au début, mais si l’intervention est bien menée, il vous en sera éventuellement reconnaissant.
    • Assurez sa sécurité et vérifiez que les conséquences imposées au jeune qui l’a intimidé soient proportionnelles à la gravité des gestes posés (incluant les paroles…) et leur fréquence.
    • Vérifiez l’impact des mesures prises en gardant un contact régulier avec les jeunes impliqués dans les jours qui suivent et informez tous les membres du personnel de l’école. Diminuez graduellement le soutien pour vous assurer que la situation est définitivement réglée. Les jeunes doivent sentir que les intervenants demeurent vigilants. Il ne faut rien laisser passer sans intervenir.
    • Conseillez au jeune d’éviter les endroits où il peut se retrouver seul ou en position de vulnérabilité, le temps que la situation soit définitivement réglée.
    • N’hésitez pas à faire appel à la police en cas de besoin !

    Intervenir auprès d’un jeune qui intimide les autres.

    • Premièrement, il est nécessaire de RESPIRER ! Intimider le jeune qui a fait de l’intimidation ne lui fournira pas un modèle très pertinent !
    • Préparez-vous à l’entendre, à l’accueillir dans ce qu’il vit. Il est peut-être lui-même victime de violence et lance un appel à l’aide par son comportement.
    • Manque-t-il d’habiletés sociales pour créer des liens positifs avec des jeunes ? A-t-il besoin d’être reconnu ? A-t-il peur de se faire intimider s’il ne participe pas à l’intimidation avec ses amis ? Manque t-il de confiance en lui sous des apparences de dur à cuire ? Devant un élève doué, vit-il une frustration quant à ses propres capacités intellectuelles ? Se questionne-t-il sur son orientation sexuelle ? A-t-il un problème de consommation ou des difficultés familiales qui le rendent agressif ? A-t-il un problème de santé mentale ? Est-il démotivé face à l’école? Se sent-il étiqueté comme un « mauvais gars », « une mauvaise fille », impuissant à changer son image ? Évidemment, rien ne sert de le harceler en posant toutes ces questions. Restez cependant à l’affut et faites-le plutôt parler sur différents sujets qui pourraient être la cause de son comportement.
    • Après avoir identifié ce dont il a besoin*, impliquez-le dans la recherche de solutions pour combler ce besoin. Comment pourrait-il augmenter son estime de lui ? A-t-il besoin de consulter sur sa sexualité, sur sa consommation ? Que pourrait-il faire face à la violence qu’il vit à l’extérieur ? Comment pourrait-il changer son image ?
    • L’encourager à croire en lui et réaliser ses rêves permettra de créer un lien positif avec lui, ce qui vous ouvrira la porte pour trouver des moyens qui l’aideront à avoir des relations saines avec son entourage, et ce, pour la vie.
    • Bien sûr, selon les actes posés et son niveau de collaboration, des conséquences doivent être appliquées. Mais elles doivent être annoncées sans jugement, sans rejet, sur un ton neutre. Le jeune doit comprendre que son geste est inacceptable, mais qu’il demeure une personne qui a de la valeur.
    • La façon d’appliquer une conséquence peut diminuer sa colère et son désir de vengeance envers celui qu’il a intimidé. Il doit sentir qu’il peut réparer son geste et qu’il n’est pas un intimidateur, mais bien un jeune qui a eu un ou des gestes d’intimidation ! Quand on appose une “étiquette” sur un jeune, la colle peut vraiment adhérer longtemps…
    • Les conséquences imposées peuvent être un moteur pour changer son comportement. Par exemple, s’il désire obtenir son diplôme afin de devenir mécanicien ou infirmière comme il en rêve depuis qu’il est tout petit, la suspension peut être un incitatif…
    • Évitez les excuses publiques obligatoires. Elles pourraient envenimer la situation en étiquetant le jeune qui continuera à être ce que les gens croient qu’il est… Pour ne pas perdre la face, il pourrait faire le bouffon. À utiliser seulement dans un contexte de grande confiance dans un groupe.
    • Il pourrait cependant faire discrètement quelque chose pour aider la personne intimidée. Ou encore, réaliser un texte ou un oral sur l’intimidation lors du prochain travail en classe, en faisant attention pour que ce ne soit pas punitif, mais bien constructif. Soyez créatifs !
    • Les jeunes qui font de l’intimidation ont parfois un intervenant social en dehors de l’école. Cet intervenant peut aborder la situation avec le jeune.
    • Si la situation est récurrente, lui dire que puisque les moyens choisis la première fois n’ont pas fonctionné, nous l’aideront à en trouver d’autres, jusqu’à ce qu’il réussisse à cesser ce comportement. Le responsabiliser tout en lui inspirant la confiance que nous l’aideront à régler son problème. Imposez des conséquences plus lourdes, mais établissez un contrat avec lui pour qu’il s’engage à répondre aux besoins que vous aurez identifié ensemble. Ce type de contrat* aura comme impact de diminuer le comportement intimidateur et ce parfois, dans un avenir assez rapproché.
    • Les parents d’un enfant qui fait de l’intimidation sont parfois pris au dépourvu. Si vous êtes intervenant, prenez en considération qu’ils ont peut-être besoin d’aide pour arriver à encadrer leur jeune. Donnez-leur des références, impliquez-les dans la démarche, offrez-leur du soutien, montrez-vous ouverts devant leur sentiment d’impuissance ou de culpabilité. Ils ont un impact majeur auprès de leur jeune et votre façon de les impliquer aura un effet positif sur la résolution de la situation.

    Intervenir auprès des témoins

    • Un sentiment de confusion envahit parfois les témoins d’intimidation. Ils n’osent pas prendre position de peur de subir l’intimidation à leur tour, ce qui les laisse avec un certain malaise en retour. Il est important de les outiller afin qu’ils arrivent à prendre position, puisque les jeunes qui posent des gestes intimidants se sentent appuyés par le silence ou les encouragements des témoins, retirant un sentiment de pouvoir de la situation. Quand plusieurs jeunes se positionnent contre les paroles et gestes intimidants, l’effet est renversé et le pouvoir s’équilibre à l’avantage du jeune intimidé. À ce moment, tout le monde est gagnant : la victime n’est plus une victime, les témoins sont fiers de leur contribution et l’intimidateur s’évite bien des conséquences à court et à long terme.
    • Certaines écoles forment des jeunes pour identifier l’intimidation et la dénoncer anonymement.
    • Organiser des ateliers décrivant les tactiques des jeunes qui ont tendance à intimider et comment les déjouer (en se regroupant avec quelques jeunes par exemple pour dire qu’ils trouvent que ce comportement est inacceptable.

    Je crois définitivement que l’intervention la plus durable et la plus efficace dans les situations d’intimidation, c’est d’accompagner tous les jeunes concernés en ayant le cœur ouvert pour entendre leur souffrance et leurs besoins.

    Oui, il m’arrive de voir un jeune ayant fait de l’intimidation abandonner l’école et d’être inquiète de le retrouver un jour dans un journal ou en prison. Mais je vous assure qu’il m’est arrivé de voir des miracles se produire sous mes yeux… Quand un grand gaillard que j’ai fait suspendre pour intimidation me dit : « C’est cool, parce que quand je suis arrivé ici, j’était tout croche en dedans, et là je me sens droit », et que j’apprends qu’il fait maintenant des bracelets de l’amitié, voilà la plus grande part de mon salaire, que je partage avec d’autres intervenants formidables !