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Il appelle son beau-père « papa »

Il appelle son beau-père « papa »

Bonjour,

Je suis la belle-maman d’un petit garçon de trois ans. Ses parents sont séparés depuis qu’il a 15 mois et je le connais depuis qu’il a 18 mois. Mon conjoint a laissé la garde à la mère puisqu’elle habite à plusieurs kilomètre de chez nous. Pour le bien de l’enfant et pour sa stabilité il a dû prendre cette difficile décision. Il a des droits d’accès imposés par la mère qui sont restreints. Cette dernière refuse d’en donner plus… Parfois nous avons l’impression qu’elle désire éliminer mon conjoint de la vie de son fils. Leur relation est très tendue. Elle n’accepte pas l’autorité parental du père de son enfant. Refuse ses conseils. Ne l’informe pas de l’évolution, du développement et du bilan de santé de son fils… Bref, je pourrais en raconter beaucoup!

Dernièrement, mon beau-fils a commencé à me dire à moi qu’il avait deux papas. Papa Simon (son vrai père, mon conjoint) et Papa Pierre-Luc (le conjoint de sa mère). Je lui ai expliqué qu’il n’avait qu’un papa et que Pierre-Luc était son beau-père comme moi j’étais sa belle-mère. Mais cette affirmation est revenue à quelques reprises. En fin de semaine dernière quand mon conjoint est allé reporter son fils chez sa mère, fiston à demandé à sa mère Où Papa? en parlant de son beau-père. Mon conjoint a demandé des explication et elle a confirmé qu’elle laissait le petit appeler son beau-père papa parce qu’il le voit très souvent et que ça fait un an qu’il le connait. Mon conjoint a expliqué son mal aise et lui a demandé de corrigé la situation puisqu’il était le père et le sera toujours, mais elle refuse!!

J’aimerais savoir que pensez-vous de la situation. Mon conjoint s’occupe du mieux qu’il peu de son fils. Il l’a une fin de semaine sur deux, quelques jours fériés et de trois à quatre semaines complète dans l’année. Quand il l’a avec lui, tout est centré autour de son fils, activités, jeux , apprentissage, lien affectif… Il joue a 100% son rôle de père, même si les circonstances font qu’il ne peut l’avoir à 100% du temps.

Cette situations prouve que la mère détériore l’image du père que mon conjoint est.  Cela peut-il y avoir des répercussion importante sur le développement émotif et psychologique de l’enfant? Nous nous inquiétons beaucoup, car nous sommes impuissant face à cela!!

J’aimerais connaitre votre opinion et si vous avez des pistes de solutions.

Merci

Elisa-Sandra


Bonjour Elisa-Sandra,

Les histoires de séparation et de garde d’enfants sont souvent source de bien des conflits. Malheureusement, vous êtes loin d’être les seuls dans votre situation. Vos inquiétudes sont tout à fait justifiées et il est excellent d’avoir le réflexe d’aller chercher le soutien nécessaire pour que la situation soit plus confortable.

Tout d’abord, explorons ensemble l’impact possible d’une telle situation sur l’enfant. Je vous mentirais en vous disant qu’une séparation conflictuelle ne laisse pas de traces. Il est important d’en être conscient et d’être extrêmement vigilant à ne pas discréditer l’autre parent en présence de l’enfant. Malgré tout, les enfants sont des éponges et ils ressentent la tension qui est palpable. La meilleure chose à faire est de bien faire sentir à l’enfant qu’il peut exprimer ses émotions et parler de ce qui se passe s’il en a besoin. Même à 3 ans on peut dire à l’enfant : « ha oui hein? Ça te fais de la peine de partir tout de suite… tu aurais aimé ça voir papa plus longtemps hein? Je comprends, c’est normal que tu te sentes comme ça… est-ce que tu sais que je pense toujours à toi quand tu n’es pas là? » etc. au lieu d’essayer de le raisonner et de lui faire comprendre. Laisser de la place à ses émotions. Il faut également faire confiance à l’enfant qu’il aura en lui les ressources nécessaires pour vivre cette épreuve au sein de son historique de vie. Les épreuves, bien qu’elles laissent des traces, font grandir, à partir du moment où on a de l’espace pour en discuter de façon authentique en grandissant.

Dans une situation idéale, dans le bien-être de l’enfant, les deux parents pourraient, même s’ils ne sont plus ensemble, consulter conjointement pour s’assurer que leurs querelles d’ex amoureux ne débordent pas sur leur rôle parental.

Si vous voulez mon opinion par rapport au fait qu’il appelle son beau-père papa, je vous dirais qu’à première vue, il serait préférable que cette appellation soit réservée à son vrai papa. Par contre, il faut faire attention à ne pas monter sur nos grands chevaux… est-ce que c’est l’enfant qui a demandé ça? Est-ce que l’enfant exprime qu’il est mal avec cette situation? Est-ce qu’il comprend bien qui est son « vrai papa » et que l’autre est son beau-père « comme un papa »? Est-ce que c’est la mère qui a imposé à son enfant d’appeler son conjoint papa? Ce sont tous des points à considérer avant de se positionner sur la gravité de la situation. Vous avez exprimé votre malaise à la mère et elle refuse de le considérer. Ceci ne constitue pas en soit une preuve qu’elle discrédite l’identité du père. Si l’enfant ne semble pas perturbé par cette situation, qu’il n’exprime ou ne démontre jamais aucun indice d’inconfort par rapport à ça, mieux vaudrait lâcher prise. Malheureusement, votre capacité d’action est limitée face à l’attitude de la mère. Si vous soupçonnez la présence d’aliénation parentale et que le manque de collaboration de la mère nuit au bien-être de l’enfant vous devriez contacter un avocat. Par contre, à lui seul, le motif que vous me mentionnez face à l’appellation du beau-père risque d’être insuffisant.

Il y a des points qui me « chicotent » dans votre description des événements et je me permets de vous les partager…

Vous dites que c’est la mère qui impose des droits d’accès, que ceux-ci sont restreints, et qu’elle refuse d’en donner davantage. Comment est-ce que ces décisions ont été prises? À aucun moment, dans votre courriel, vous ne faites mention d’un jugement par la cour, ou de toute autre intervention légale dans le dossier. Est-ce la mère qui impose les droits d’accès ou c’est la cour qui en a décidé ainsi? Pour quels motifs est-ce que ça a été décidé de cette façon? Dans les cas où la relation est conflictuelle entre les deux ex conjoints, il ne faut pas hésiter à faire intervenir une tierce personne dans le dossier, que ce soit un médiateur familial ou encore faire représenter vos intérêts par un avocat devant un juge. De cette façon, une personne neutre de l’extérieur, non impliquée émotivement dans la situation pourra prendre position dans le bien-être de l’enfant. La première chose à faire, si ce n’est déjà fait, est donc d’entreprendre un recours légal pour faire valoir les droits du père.

Vous me faites part que votre conjoint a dû prendre une difficile décision et lui laisser la garde puisqu’il y a plusieurs kilomètres qui les séparent. Je me questionne à savoir qui est-ce qui s’est éloigné? Est-ce que c’est la mère qui a déménagé? Le père qui s’est éloigné? La raison pour laquelle je soulève ce questionnement est qu’il est important de se responsabiliser de ses choix. Le choix de se rapprocher pour être plus près de son fils était aussi un choix disponible parmi les différentes options qui se présentaient à votre conjoint. Je connais plusieurs parents qui ont fait d’autres sacrifices (travail, réseau social ou autre) pour se rapprocher de son enfant afin d’obtenir une garde partagée. Entendez-moi bien, je ne suis aucunement en train de dire que votre conjoint a fait le mauvais choix ou qu’il est irresponsable. Chacun fait le bon choix pour lui au moment où la situation se présente et loin de moi l’intention de juger le choix qu’il a fait. Par contre, il est important de le garder en tête pour éviter de se placer en position de victime et de totale impuissance dans la situation. Tout ceci dans le but du bien-être du petit garçon. L’enfant se trouvera bien dans la situation dans la mesure où il est entouré d’adultes responsables qui assument leurs choix.

Le meilleur conseil que je répète chaque fois dans les cas de séparation conflictuelle est de se concentrer à donner le meilleur de soi-même à son enfant. En investissant dans sa propre relation avec son enfant, en fournissant à l’enfant ce dont il a besoin, de l’amour sincère et véritable, des encouragements quotidien et des limites fermes et saine pour lui, votre conjoint met toutes les chances de son côté pour réussir son rôle de père.

Et n’hésitez pas à profiter des recours disponibles autour de vous en cas de besoin pour faire valoir vos droits.

Bonne chance dans la suite des événements!

Lectures suggérées :

http://www.educaloi.qc.ca/loi/parents/151/

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/vivre-ici/famille/201003/13/01-4260449-lalienation-parentale.php