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Ma fille de 15 ans est amoureuse

Ma fille de 15 ans est amoureuse

Bonjour,

Ma fille, qui a eu 15 ans le 9 juillet dernier, a un « amoureux » depuis quelques jours…. Elle a des « demandes » quotidiennes qui me dérangent: « Est-ce que je peux aller chez lui? Est-ce qu’il peut venir coucher? »… Je suis toujours hésitante lors de mes réponses… Je me demande vraiment où me situer par rapport à cette nouvelle vie???? Je me sens bousculée, tout va trop vite. Je lui ai demandé du temps pour m’adapter à sa nouvelle situation et apprendre à connaître son copain.

J’ai plusieurs interrogations, mais je me demande si je devrais tolérer le fait qu’elle communique via texto du matin au soir et pendant la nuit avec son copain. Ils se connectent dès le réveil et se jasent par texto. J’ai réalisé qu’elle est connectée jusqu’à 3h du matin… Qu’en pensez-vous? L’autre jour, j’ai vu une conversation sur Facebook où ils jasaient d’un party où elle a pris de l’alcool (elle ne m’en avait pas parlé).

Est-ce que je devrais surveiller de plus près tout ce qui se passe sur Facebook et le clavardage? Réduire l’accès? Je mise beaucoup sur la communication et la confiance. Par contre, si je réprime ou refuse une demande, elle se ferme et arrête le dialogue…..????

Merci de m’aider à y voir plus clair….

Johanne


Bonjour Johanne,

Ah! Ces chers adolescents! Tellement pressés de vivre tout ce que la vie a à leur offrir! C’est touchant cette passion, cette candeur devant l’amour… Comme parent, on se sent vite rabat-joie lorsqu’il faut mettre des balises à cette nouvelle expérience qui nous place soudainement devant une transformation souvent extrême, admettons-le!

Premièrement, je dois vous féliciter, car c’est un excellent réflexe que d’expliquer à votre fille que vous avez besoin de temps pour vous adapter à la situation. Effectivement, elle a besoin de balises et il est nécessaire de bien discerner ce que vous permettrez ou non. Mon petit truc quand mes adolescents étaient pressés : je leur disais que s’il fallait que la réponse soit rapide, eh bien, ce serait tout simplement non! Bizarrement, ils devenaient beaucoup plus patients!

L’important, c’est donc de prendre d’abord un temps de recul. Nos adolescents nous connaissent très bien et savent très bien quoi dire pour nous faire fléchir. S’offrir une petite pause seule (ou avec notre conjoint s’il y a lieu) afin de prendre quelques bonnes respirations et d’écouter ce qu’on ressent. Sommes-nous à l’aise qu’après si peu de temps, notre fille dorme chez lui? Est-ce que nous sommes plus confortables à l’idée qu’il dorme chez nous dans une chambre séparée? Sentons-nous le besoin de spécifier qu’ils doivent demeurer dans des pièces séparées pour le dodo ou si nous sommes à l’aise avec le fait qu’ils pourraient transgresser cette règle? Quel message voulons-nous transmettre à notre fille? Quels sont nos valeurs, nos malaises, nos souhaits? Par exemple, vous pourriez lui souhaiter une sexualité épanouie avec un amoureux avec qui elle a développé une belle relation de complicité, ce qui demande du temps. Chaque famille est différente, c’est à vous de déterminer les règles sous votre toit.

Ensuite, prenez le temps d’échanger avec elle sur chacune des questions qui vous inquiètent : les relations amoureuses, la sexualité, la consommation d’alcool ou de drogues. Écoutez ce qu’elle vous dit, reformulez-le dans vos mots pour lui montrer que vous comprenez ce qu’elle vit. Puis, une fois qu’elle aura pu s’exprimer, partagez-lui le fruit de vos réflexions. Ne tentez pas d’imposer votre point de vue. Cependant, si c’est ce que vous jugez le mieux pour elle, il est important que vous établissiez des limites claires. Nous savons tous que les adolescents transgressent souvent ces limites, mais le fait que vous vous soyez positionnée sur le sujet et qu’elle sache qu’elle n’a pas votre accord lui donnera un cadre qui lui permettra d’évaluer son expérience et d’éventuellement choisir si elle adhère ou non à vos valeurs. Les adolescents qui n’ont aucune limite à contester chercheront parfois à tester des limites autrement (abus d’alcool ou de drogues, délits mineurs, décrochage scolaire, etc.). Exprimez clairement vos valeurs et imposez les limites qui vous conviennent : elle en a besoin pour son développement.

Vous dites que si vous lui refusez une permission, elle se ferme et refuse de communiquer… Je crois qu’elle mise sur votre grand désir de communication et d’harmonie pour vous faire plier. Accueillez ce que vous vivez lorsqu’il n’est pas possible qu’elle vous comprenne et vous fasse confiance quant à ce qui est bon pour elle. Elle doit apprendre à tolérer des refus et frustrations puisqu’elle en rencontrera toute sa vie! Autant que ce soit vous qui lui appreniez… Laissez-la bouder tout en demeurant ouverte à discuter avec elle. Après tout, il faudra bien qu’elle revienne vers vous, ne serait-ce que pour obtenir une autre permission?

Quant aux textos et autres médias, vous avez aussi le droit, voire la responsabilité de les limiter. Vous pouvez commencer par lui parler de votre inquiétude à ce sujet et lui demander de trouver des moyens pour utiliser ces moyens de communication de façon responsable. Si elle n’y arrive pas, vous pouvez exiger qu’elle vous remette son cellulaire et débrancher Internet après une certaine heure. Ayez comme objectif de limiter les impacts d’un usage abusif (manque de sommeil, négligence des travaux scolaires ou des tâches quotidiennes, etc.)! Contrôlez la quantité plutôt que le contenu. À son âge, vous ne pourrez pas tout contrôler, mais continuez à l’éduquer sur ce qui se dit ou non sur ces réseaux publics.

Enfin, vous ne le mentionnez pas dans votre question, mais il apparaît important aussi de sensibiliser votre fille sur l’importance de continuer à entretenir ses relations amicales même si elle vit une relation amoureuse enivrante!

En résumé, il est très important que vous soyez d’abord très au clair avec ce que vous ressentez, puis que vous définissiez vos limites avant d’entreprendre une discussion avec votre fille. Ensuite, demeurez à l’écoute, compatissez avec sa déception ou sa colère lors d’un refus, mais ne cédez pas. Il est important qu’elle connaisse vos valeurs et puisse s’y référer éventuellement.

J’espère que ma réponse aura pu vous éclairer quelque peu. Si par contre la situation demeurait tendue, n’hésitez pas à faire appel à un(e) professionnel(le) pour vous épauler. Évidemment, je vous conseillerais alors de consulter une coach du Réseau Nanny Secours!

Bonne chance!

Manon Gauthier - Éducatrice spécialisée

Éducatrice spécialisée et coach familial dans la région de Laval et Montréal, elle intervient auprès des enfants de 0 à 18 ans. Elle est aussi la fondatrice de Coup de pouce Éducation. Membre du Réseau Nanny secours depuis 2013.