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Mon fils est une tornade!!

Bonjour!

J’avais envie de commencer mon courriel par « HELP », mais ça vous aurait sans doute fait peur. Voilà donc que j’ai une grosse problématique avec mon petit dernier de 17 mois. D’abord, je suis maman à la maison de 4 merveilles : Maëva 11 ans et demi, Médéryck 5 ans et demi, Naélie bientôt 4 ans et Elliot 17 mois. Médéryck est en processus d’évaluation pour un TED non spécifié.

Elliot, ma tornade à 2 pattes! Elliot est un bébé qui a été TRÈS couvert. RGO sévère dès la naissance (ça été affreux dès sa 1ère nuit de vie!), échographie pour suspicion de sténose du pylore, intolérance (régime d’éviction PLV et soya pour maman), RVU (reflux vésico-urétéral…. en grosse malformation urinaire)…. PNA (infection des reins) à 4 mois, examens à gogo dès ce moment (cystographie, échographie), repas baryté, Ph Métrie, DMSA (examen en médecine nucléaire), médications….. En peu de temps, il en a vécu des trucs! Il y a même eu suspicion de leucémie suite à une neutropénie…. Donc, j’ignore si tout son historique a un lien ou non avec son comportement, mais je tenais tout de même à le préciser. Donc Elliot a été couvert. Maman angoissée, bien entendue. Elliot est très brillant. Il dit une quarantaine de mots du haut de ses 17 mois, si ce n’est pas plus (à 16 mois il en disait plus de 30, mais j’ai cessé de compter hihi).

Mais il est TANNANT! Il grimpe sur les tables de salon, les chaises, la table de cuisine, le banc de l’entrée….. Il est toujours en train d’escalader quelque chose. Il mange le moindre papier qu’il voit (ça passe encore hihihi). Il fouille partout et tout le temps. Je dois constamment l’avoir à l’oeil. Très débrouillard, indépendant, il est cependant très câlin (mais quand LUI en a envie). Bébé allaité encore aujourd’hui.

Je sais, je donne beaucoup de détails, mais c’est que je me demande ce que je fais de travers pour qu’il soit aussi, comment dire….. épuisant? Bien entendu, je ne peux pas rester assise avec lui toute la journée à jouer aux autos ou encore avec la ferme et les animaux. Peut-être devrais-je planifier des cases horaires pour jouer avec lui? Des moments fixes?

Je ne suis plus trop quoi, faire pour qu’il comprenne que grimper sur les tables, ça ne se fait pas! Il est petit pour le mettre sur une chaise de retrait, non? J’espère sincèrement que vous pourrez m’aider à voir plus clair dans cette situation qui m’épuise énormément.

Merci mille fois.

Une maman qui a les cernes jusqu’aux talons


Bonjour Madame Beauvais,

Merci de partager toutes ces informations au sujet d’Elliot. Il est difficile de mesurer le lien qui existe entre ses comportements actuels et son historique médicale. Toutefois, j’ai une grande confiance dans l’intuition des parents et votre intuition vous a poussée à exposer cet aspect du vécu de votre fils, ce qui me donne une piste supplémentaire de compréhension.

Tout d’abord, je veux vous rassurer sur le fait que ses comportements ne sont pas inhabituels, et ce, peu importe le vécu de l’enfant. On observe souvent des enfants de cet âge, et surtout chez les petits garçons, avoir de tel « débordement d’énergie » et « d’aisance psychomotrice globale ». Pour certains enfants, une bibliothèque est un meuble où on retrouve des livres à découvrir alors que pour d’autres, c’est un meuble très intéressant à escalader. Dans tous les cas, c’est une occasion de découverte, de développement et de plaisir.

Cela dit, je vois un lien évident entre son vécu, les contraintes corporels et émotionnels qu’il a vécus et un certain désir de liberté. Ceci m’est confirmé par la remarque que vous avez faite à propos des câlins : « quand LUI en a envie ». Il a vécu l’inconfort et sans doute les douleurs dans son corps, les contraintes des examens et des traitements médicaux, qui peuvent parfois être plus éprouvants que le mal lui-même… Disons que ce petit corps n’a pas eu la chance de vivre autant de plaisirs et de liberté que son développement aurait du lui permettre. On peut donc comprendre qu’il y a comme du temps à rattraper à ce niveau-là.

Je connais plusieurs cas avec une lourde expérience médicale et hospitalière d’enfants qui plus tard, n’avait aucune tolérance à tout ce qui pouvait s’apparenter à de la contrainte et surtout physique. Émotionnellement, il a aussi vécu  vos angoisses et inquiétudes et, de la façon dont vous en parlez, on peut présumer que vous (et sans doute tout votre entourage) êtes souvent au devant de ses besoins. En soi, ceci est aussi une forme de contrainte qui l’empêche de se développer librement. Tout enfant cherche naturellement à développer son autonomie et cela commence très tôt. Tout parent ayant dû faire face ce que vous avez traversé, en aurait fait autant. Et il n’est pas question ici de vous culpabiliser. La vraie question est : au regard de ce qu’est la situation aujourd’hui, qu’est-ce qu’on fait avec ça?

Ce qui est très encourageant, c’est qu’au travers de son développement au niveau du langage, pour lequel il semble avoir un peu d’avance, il démontre une volonté de communiquer. Et qu’est-ce qui est plus important pour tout être humain que d’être entendu?  Il est donc important de l’entendre et d’entendre les besoins qu’il exprime de différentes façons. Il a en premier lieu un grand besoin de reprise de contrôle sur sa propre vie, de pouvoir décider lui-même de se qu’il fait avec son corps. Le fait de ne pas avoir de pouvoir sur sa vie est un facteur d’anxiété voire de dépression chez les enfants (petits et grands). Il est donc important de lui offrir toutes les occasions possibles de faire des choix par et pour lui-même, d’autant plus qu’il est débrouillard et indépendant. Je ne parle pas de lui laisser décider tout dans sa vie et de ne pas le guider dans ses choix, car cela créerait de l’insécurité. Je parle plutôt de choix dirigés. Par exemple, lui donner le choix entre deux ou trois activités, un ou deux choix de collations, de vêtements à porter etc. Différentes options, pas trop nombreuses avec lesquelles vous êtes à l’aise et qui, peu importe son choix, vous conviendra. Il est brillant, intelligent alors travaillons avec cette force. Plus il sentira qu’il a une influence sur ce qu’il vit, moins il cherchera à prendre le pouvoir dans d’autres aspects et du même coup, être attiré par les interdits.

Votre fils a aussi un grand besoin de bouger et de laisser sortir cette énergie débordante. Vous parlez de périodes de jeux « fixes »avec lui et je ne peux que vous encourager à aller dans ce sens. J’ignore comment se passent les journées chez vous mais ceci est une piste que je vous donne. J’ai souvent constaté que, même si ce facteur est important (et surtout plus l’enfant est jeune), ce n’est pas tant le temps passé avec les enfants qui importe que la qualité de ces moments. J’ai vu beaucoup de parents être à la maison, sans toutefois être avec les enfants. Il ne suffit pas d’être là physiquement à côté d’eux, il faut aussi qu’il y ait une certaine qualité de présence. De nombreux parents qui m’ont consultée, me disaient que leur enfant était incapable de jouer seul, de manière autonome et adéquate et demandait constamment leur attention. Ils ont été très surpris de voir qu’en instaurant des périodes de jeux ou d’activités, de partage de moments privilégiés (une à deux fois par jour, minimum 15 minutes à chaque fois), les périodes de jeux seuls et adéquats augmentaient grandement.  Les moments « partagés » s’enchaînaient alors avec des moments autonomes. Ce qui les libérait du coup pour accomplir d’autres tâches plus domestiques par exemple. D’autant que dans votre cas, Elliot a des frères et sœurs pour jouer avec lui. Ce qui lui conviendra dès qu’il aura eu « assez » de Papa et de Maman.

J’aurais tendance à dire qu’il n’est pas important que ces moments soient fixes dans l’horaire. Toutefois, cela est du cas par cas selon les personnalités et les besoins des enfants. Vous parlez aussi de Médérick pour qui on soupçonne un Trouble Envahissant du Développement (TED). Les personnes atteintes de ces troubles ont souvent un grand besoin de routine et de repères fixes dans le temps. Alors pourquoi ne pas instaurer un horaire plus régulier qui pourrait par la même occasion répondre mieux aux besoins de Médérick également.

Je comprends aussi, au travers de vos mots, qu’Elliot a un grand besoin d’exprimer sa motricité globale. Il est possible de canaliser son énergie tout en contentant ce besoin.  Étant donné son âge, vous pouvez peut-être lui offrir des espaces et des moments pour « lâcher son fou ». Là où c’est adéquat et autorisé et au moment où ça l’est aussi.  Cela pourrait être aller à un parc adapté aux tous petits, ou créer un espace dans la maison où il peut librement escalader, grimper, fouiller…. et encore mieux, qu’il puisse le faire avec vous. Cela vous donnerait aussi l’occasion de « lâcher votre fou » ce qui pourrait aussi vous faire du bien.

Je ne pense pas que la chaise de retrait soit très efficace dans ce contexte, du moins pas avant qu’il n’ait eu l’opportunité de dépenser son énergie.  Ce n’est pas tant le problème de l’âge que le principe même de dire « fais pas ça » au lieu de lui montrer quoi faire à la place. Il est néanmoins important de lui montrer ce qui est adéquat et autorisé de ce qui ne l’est pas. N’oubliez pas qu’il est important de lui enseigner les limites et de les faire respecter. On peut le retirer et le mettre à l’écart de ce qu’il convoite si cela est jugé inadéquat. Par exemple, l’écarter de la table en le guidant vers un meilleur endroit pour grimper, comme un tas de cousins ou un lit par exemple. Il pourra alors mieux discerner et faire des choix appropriés dans ses activités.

Elliot fait partie de ces merveilleux enfants demandant (comme plusieurs génies de ce monde d’ailleurs) et je suppose que Médérick doit l’être aussi à sa façon. On ne peut pas isoler les individus et leurs comportements de la dynamique de groupe dans laquelle ils se trouvent. N’en sachant pas plus, je me demande dans quelle mesure Médérick influence l’attitude d’Elliot et l’état de vos cernes. Je comprends tout à fait que vous soyez fatiguée et je vous encourage à prendre soin de vous et de la femme en vous qui n’est pas qu’une mère, et ce, même si elle reste à la maison. De la solidité des parents dépend la sécurité affective des enfants et cela influence donc leurs propres comportements. Je vous encourage à instaurer un horaire plus rigoureux dans votre famille dans lequel vous instaurerez aussi des moments privilégiées avec vous-même et d’autres en couple. Entourez-vous de toute l’aide que vous pourrez recevoir comme des groupes de parents, associations également, ou pourquoi pas un coach familial de votre région.

Je vous souhaite beaucoup de bonheur et de joies en famille.