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Mon garçon vit mal à notre déménagement

Bonjour,

Moi j’ai une question et j’ai besoin d’outils pour aider mon garçon de presque 11ans. Je m’explique. L’année dernière, nous avons déménagé. Nous sommes partis de Verchères sur la rive-sud de Montréal pour nous rendre au Saguenay. Mon garçon de 11ans a beaucoup de difficultés. Même après 1 an, il ne veut pas faire le deuil du déménagement et espère toujours retourner à Verchères. Je lui parle souvent, mais ça ne sert à rien.

À l’école, il n’a pratiquement pas d’amis. Il trouve que les gens de son école ne sont pas gentils, donc il préfère rester seul sans amis. J’ai dû intervenir à l’école, car un garçon de 6e année lui a fait un peu d’intimidation par le biais de Facebook. Il me parle constamment d’un certain Mik qui n’est pas très gentil avec lui. Au début de l’année, nous sommes allés rendre visite à ce garçon à son domicile pour intervenir. Était-ce la bonne solution? Je ne sais pas, mais là, je ne sais plus quoi faire pour l’aider.

Ça me rend triste et je me sens impuissante, car je sais que mon garçon n’est pas heureux du tout. À son ancienne école, il avait beaucoup d’amis, mais ici, c’est difficile. Je ne veux pas que mon garçon vive ce que moi j’ai vécu étant plus jeune, car l’intimidation, je m’y connais, je sais donc comment mon garçon se sent et je n’aime pas ça du tout. Pour ma part, je suis à l’étape de regretter mon déménagement. Je me dis que je n’aurais jamais dû lui faire subir ça. Mais notre déménagement était pour se rapprocher de nos familles, car elles habitent tous ici.

Donc S.V.P j’ai vraiment besoin d’aide…..merci.

Josée-Anne


 

Bonjour Josée-Anne,

Dans votre message, vous parlez de deux choses différentes qui peuvent néanmoins avoir un lien entre elles. D’abord, votre enfant a une difficulté d’adaptation à son nouveau milieu et ensuite une situation d’intimidation à l’école.

À propos de votre déménagement, il est important de comprendre que votre fils vit une situation de perte et donc de deuil. Il doit faire le deuil de sa vie sur la Rive-Sud de Montréal. Le processus de deuil peut être très long pour certaines personnes. Et en même temps, si cela fait déjà un an, cela commence à être long effectivement. Le tempérament de l’enfant qui vit un deuil joue pour beaucoup sur sa façon de vivre cette transition. D’après ce que vous me décrivez, il me semble que votre fils soit un enfant très sensible. Sa sensibilité peut donc rendre plus difficile son adaptation aux nouvelles situations.

Le deuil est composé de plusieurs étapes qui peuvent se vivre à différents degrés et dans un ordre qui peut différer d’une personne à l’autre, voire d’un deuil à l’autre. En quelques mots, voici ces phases : il y a tout d’abord le choc (lorsqu’on apprend la nouvelle), puis il y a la colère, le marchandage (phase où l’on veut négocier le retour à la situation précédente), la tristesse puis enfin, l’acceptation.

Est-ce que votre fils a traversé ces étapes? Est-ce que votre fils a pu exprimer sa colère face à la réalité du déménagement? Rien ne dit qu’il faut absolument vivre toutes ces étapes. Toutefois, on peut observer que les personnes qui refusent ou s’empêchent de vivre certaines émotions compromettent le processus et donc n’atteignent pas l’étape d’acceptation. La colère, par exemple, est souvent une émotion que l’on refuse de vivre, car elle fait souvent monter en nous un sentiment de culpabilité que l’on ne veut pas vivre.

Si tel est le cas, il serait fort intéressant d’encourager votre enfant à exprimer librement cette très saine colère. Peut-être pouvez-vous l’aider en mettant des mots sur la situation pour lui : « Es-tu fâché contre nous de t’avoir obligé à déménager?», «Trouves-tu injuste qu’on t’ait séparé de tes amis, etc..? ». Je me doute que ce ne sera peut-être pas facile pour vous d’entendre ses réponses. Toutefois, dites-vous qu’il est en train d’exprimer des  émotions et, comme toutes les émotions d’ailleurs, elles sont tout à fait légitimes et même normales. Soyez vigilante, afin de ne pas prendre personnellement ses réactions comme des reproches et de ne pas développer de sentiment de culpabilité qui ne vous apportera rien de bon à tous les deux, bien au contraire. La vie est faite de choix et donc de pertes. Dans ces situations «d’exil», il arrive souvent qu’on ne voie d’abord que ce qu’on a perdu. Cela prend un certain temps pour reconstruire un réseau autour de soi, pour se sentir chez soi… C’est avec un certain recul que l’on peut réaliser les gains que ces changements nous ont apportés. Vous, les parents, vous voyez sans doute ce que cette nouvelle localisation va vous apporter. Il est fort probable que votre fils ne le perçoive pas encore. Il est normal de ne pas vouloir vivre cette étape et en même temps, les êtres humains ont une grande faculté d’adaptation. Faites confiance à votre famille, ensemble vous avez toutes les ressources pour faire face à cette transition.

Je me questionne aussi à savoir si votre garçon ne serait pas dans une phase de marchandage. À travers les mots que vous employez, je peux sentir chez vous un certain sentiment de culpabilité suite à votre départ, voire des doutes et des regrets. Se peut-il que votre fils le ressente et qu’il se dise, de façon peut-être inconsciente, que si son «état» ne s’améliore pas, vous allez craquer et qu’il pourra retourner à Verchères? Se peut-il aussi, que vous ou votre conjoint ressentiez douloureusement ces pertes? N’oubliez pas que nos enfants sont des éponges en ce sens, qu’ils ressentent nos émotions au moment où nous les vivons, même sans que nous en parlions devant eux.

Il est très important que votre choix soit solide et sans équivoque pour aider votre fils à passer à autre chose. S’il ressent le moindre doute de votre part, il va s’accrocher à la possibilité de réaliser un retour vers Verchères. Ne croyez pas que simplement parce que vous dites une chose que cela veut dire que votre enfant va y adhérer. Notre langage non verbal (corporel) et notre langage infra-verbal (ce qui se dégage de nous) ont un impact plus significatif sur la communication que le langage verbal. Vos paroles n’ont qu’une petite influence par rapport à toutes les autres composantes de votre communication. Validez vos choix familiaux et assumez-les avec fermeté, sans remise en question. Cela aidera votre fils à se faire une raison et à tourner la page.

Votre fils vit sans doute également des peurs. La peur de ne pas être accepté, la peur de ne pas se faire de nouveaux amis, la peur de perdre les anciens amis avec la distance, etc. Il se sent probablement différent de ces jeunes qui n’ont pas grandi dans un milieu urbain et métropolitain comme lui. Aidez-le aussi à exprimer ses peurs et à bien les nommer pour qu’il puisse enfin s’en libérer.

À propos de l’intimidation que votre garçon vit à l’école, il est important de saisir que ce phénomène, que l’on soit l’intimidé ou l’intimidant, vient d’un problème commun : un manque d’estime de soi. En résumé, l’intimidant ne peut admettre devant les autres qu’il puisse être faible même si c’est de cette manière qu’il se sent en dedans. Il se trouve alors quelqu’un qu’il perçoit comme plus faible que lui pour se placer en position de force et ainsi démontrer sa supériorité face aux autres. L’intimidé, qui se sent dès le départ en position inférieure par rapport aux autres, adoptera un comportement corporel qui indiquera aux autres qu’il est vulnérable et donc qu’il est une proie facile. Si votre fils ne se sent pas bien dans sa nouvelle vie, s’il s’isole et ne se fait pas d’ami, il peut adopter une attitude qui le place en position de «victime idéale» à l’école.

Je pense que c’est une très bonne chose que vous soyez intervenue en début d’année, car vous avez démontré par le fait même que ce n’est pas acceptable, qu’il ne mérite pas ça et surtout vous avez démontré à votre fils qu’il peut compter sur votre soutien. Par contre, la seule manière efficace et définitive pour votre fils de lutter contre l’intimidation reste toutefois de travailler sur son estime de lui. Une personne qui se donne suffisamment de valeur ne se laisse pas manquer de respect et ne montre pas d’attitude effacée ou une mine basse qui le rend vulnérable aux attaques faciles de certaines têtes fortes qui souhaitent se donner un certain statut à l’école.

Vous pouvez certainement aider votre fils à rebâtir sa confiance en lui. Si toutefois vous sentez que cela ne suffit pas, il serait intéressant de demander de l’aide. Est-il possible d’obtenir du soutien de l’école pour votre garçon, ou avec un professionnel au privé? Une aide extérieure pourrait rapidement faire une grosse différence dans la vie de votre famille.

J’espère vous avoir donné des pistes qui vous aideront. Je vous vous invite à encourager votre fils à exprimer ses émotions et à mettre des mots vrais sur ce qu’il vit.

Je vous souhaite une très bonne continuation dans la création de votre nouvelle vie au Saguenay.

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