• Adolescence difficile: besoin ou manipulation ?

    Bonjour,

    Je crois que j’ai besoin d’aide avant de baisser les bras. J’ai une fille de 13 ans que j’élève toute seule depuis sa naissance. Mes parents m’aident beaucoup également . J’ai le même conjoint depuis 7 ans.  Ma fille a fait son entrée au secondaire en septembre dernier .

    Tout allait bien jusqu’au mois de mars ou tout à chambouler .  Des jeunes se sont mis à la traiter de pute et tout. Elle a fait 2 tentatives de suicide. Elle consulte également une travailleuse sociale.  Je parle beaucoup avec elle. Je suis loin d’être la mère parfaite mais j’aime ma fille plus que tout au monde.

    Voila que depuis quelques mois, elle a un copain qui m’apparaît très gentil. Il est autorisé à dormir à la maison de temps en temps.  Je crois que ma fille est en sécurité et qu’elle découvre sa sexualité sous mon toit est plus sécuritaire que n’importe où sur un banc de parc.

    Mais plus les semaines passent, je me rends compte qu’elle ne respecte plus les règles.  Dès que je refuse une demande, j’ai droit à une crise de manipulation de larmes et elle se mets à me dénigrer auprès de ses amis.  Je viens également d’apprendre qu’elle fume du pot avec son copain.

    Je suis épuisée …. depuis le mois de janvier entre mon conjoint qui est tombé malade et ma fille qui voulait en finir avec sa vie, je me rend compte que maintenant c’est moi qui a besoin d’eux et que personne n’est là…. J’essaie de parler à ma fille mais elle ne me regarde même pas. Il n’y a que son chum qui compte. Je songe à maintenant l’interdire de le voir. Mais je crains une fugue ou encore une tentative. J’ai perdu le contrôle à me faire manipuler je crois.

    J’ai besoin  de conseils svp


    Bonjour madame,

    J’espère que la situation s’est quelque peu résorbée depuis que vous  nous avez écrit !

    Pour avoir vécu l’adolescence de ma fille, je suis tout-à-fait en mesure de comprendre votre désarroi !  Il est difficile de départager les limites à leur imposer sans tomber dans l’excès.

    Tout d’abord, il serait un peu brusque d’interdire à votre fille de voir son copain, surtout après toute la liberté que vous lui avez laissée jusqu’à maintenant.  La réaction serait vive, sans aucun doute.  Par contre, il est impératif que vous clarifiiez vos attentes auprès d’elle, ce que vous permettez ou non et ce que vous attendez minimalement d’une personne qui habite sous votre toit : consommation, sexualité, politesse, participation aux tâches, etc.  Une fois que vous aurez départagé ce qui est essentiel pour vous, vous pouvez exiger d’avoir une discussion franche avec elle, que ça lui convienne ou non.  Mais prévoyez du temps en dehors d’un moment de conflit.  Faites-lui part aussi de ce que vous ferez si elle ne respecte pas ces règles : retrait de privilèges, sorties annulées, transport pour une activité refusé, allocation, etc.  Appliquez les conséquences avec détachement : c’est son choix de ne pas avoir respecté votre entente.

    Ensuite, il est important de vous rappeler que tout adolescent devient inévitablement ingrat (mais pas nécessairement impoli) à un certain moment.  Il ne faut pas s’attendre à de la reconnaissance.  Souvenez-vous: lorsque vous étiez adolescente, aviez-vous des amis qui ne se plaignaient pas de leurs parents ?  Peu importe l’amour que vous lui donnez, elle aura toujours quelque chose à redire: à l’adolescence, on remet tout en question et c’est plus tard qu’on re-choisit ou non, les valeurs qui nous ont été transmises.

    Ceci dit, il est important de continuer à tenter d’avoir de bons moments ensemble pour entretenir votre lien.  Si elle refuse toujours, elle sait au moins que vous êtes là.  Personnellement, il y a eu un moment où le meilleur moyen que j’avais d’avoir du bon temps avec mon fils, c’était d’écouter des vidéo drôles (… de son point de vue !) sur l’ordi.  Après un moment, nous avons retrouvé notre lien, un peu différent, mais quand-même bien présent !

    Aussi, il est heureux qu’elle accepte l’aide d’une travailleuse sociale: ça ne peut qu’être bénéfique, pour elle comme pour vous !  Elle a définitivement besoin de soutien, et avec ce qu’elle a vécu, elle peut être plus vulnérable à la pression des amis, voulant probablement à tout prix éviter de se retrouver dans une situation de rejet.

    Ensuite, il semble que vous ne pouvez pas compter sur votre conjoint.  Y a-t-il d’autres personnes dans votre entourage qui pourraient vous soutenir ?  Sinon, il serait important de consulter : n’attendez pas d’être réellement en dépression, il est alors plus difficile de remonter la pente. Par contre, à cet âge, vous ne pouvez compter sur le soutien de votre fille : ce n’est pas son rôle.  Elle a besoin de vous, même si elle ne semble pas.  Continuez à être la maman, dans la mesure du possible.

    Bien sûr, je vous encourage à trouver un coach familial dans votre région si la situation ne s’améliore pas.  Un petit coup de pouce fait parfois une grande différence dans les relations parents-enfants !

    Bon courage !