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Parce que le «non» rime souvent avec opposition…

Parce que le «non» rime souvent avec opposition…

Angry kid in hat screaming with open mouth and white lightnings above on dark background

Bonjour,

Nous vivons une petite problématique avec l’une de nos filles, Ariane (5 ans).

Cela fait trois fois qu’elle nous fait de grosses crises. Cela débute habituellement lors d’un refus (ex. lors de la routine du soir, elle perd du temps à la salle de bains. Nous répétons la consigne 3 fois et après, lorsque c’est un non: elle fait une crise.  Elle ne veut pas faire le salinex pour nettoyer son nez. Je tente à trois reprises et après je lui dit que c’est terminé puisqu’elle ne veut pas: elle fait une crise.  C’est le tour de papa pour le dodo. Elle me fait un câlin et un bisou. Mais rendu à sa chambre elle veut encore un câlin et un bisou de maman. Papa dit non: elle fait une crise.

Ce que j’entends par crise, c’est hurler, pleurer, elle n’est plus là. Elle semble déconnecté et nous ne pouvons essayer de lui faire entendre raison.

Lors de ces crises, nous la mettons dans sa chambre en lui demandant de se calmer. Par contre elle ne veut pas rester là. Elle ouvre sa porte et sort de sa chambre en poursuivant sa crise. Si nous demeurons dans sa chambre, adossé à la porte pour l’empêcher de sortir, et qu’on essaie de lui parler pour lui dire de se calmer, c’est rendu dangereux car elle nous pousse, lance des objets, s’agrippe à la poignée de porte, etc.

Nous ne savons pas quoi faire en vue de la prochaine crise, à savoir comment la gérer puisqu’elle ne demeure pas dans sa chambre.

Suite à une crise elle a des punitions. Jusqu’à date, pour les trois crises, il n’y a eu que deux fois des punitions. Les punitions sont sur la routine du dodo (puisque les deux dernières crises se sont produites à ce moment), elle doit donc se coucher plus tôt et n’a pas la routine complète (la routine avec nos filles c’est : bain / souper / jeux / film / dents / pipi / histoire / chanson) Nous lui faisons manquer le film et l’histoire.

Nous aimerions beaucoup avoir votre avis, vos pistes de suggestions et de solutions.

Merci !

Julie & Martin


Bonjour Julie et Martin,

Tout d’abord,  je tiens à vous mentionner que les crises de colère et d’opposition chez les jeunes enfants sont relativement fréquentes.  En tant que parents, ces dernières peuvent, à la longue, nous paraître inquiétantes, exténuantes, en plus d’être souvent instauratrices de nombreux conflits familiaux. Toutefois, en tant qu’intervenante, il m’importe de vous rassurer en vous disant que les crises de colère et les comportements d’opposition en âge préscolaire sont, dans la grande majorité des cas, le reflet d’une inadaptation, d’une insécurité ou d’anxiété. 

En fait, à cet âge, le langage n’est pas encore assez bien développé pour leur permettre de s’exprimer adéquatement et ils doivent apprendre à cohabiter avec la découverte de leurs émotions, ce qui n’est pas de tout repos. De plus, les véritables «troubles de l’opposition» sont rares, c’est pourquoi, bien qu’épuisantes j’en conviens, les crises de votre fille ne sont probablement qu’un petit cri d’alerte à une situation inconfortable pour elle.  Bien sûr, je ne détiens pas suffisamment d’informations pour affirmer hors de tout doute que les comportements diminueront avec les interventions proposées, ou qu’il ne s’agit pas ici d’une difficulté particulière, et c’est pour cette raison que je vous suggère, si vous ne constatez pas d’améliorations significatives ou encore si vous avez des inquiétudes, de faire appel à un professionnel qui saura vous accompagner dans cette aventure.

Donc, voici quelques pistes d’intervention et suggestions pour améliorer votre quotidien parsemé de refus et d’opposition :

Maintenez un lien affectif solide avec votre enfant

Tel que mentionné plus haut, les comportements d’opposition et les crises de colère sont souvent la cause d’une insécurité ou d’un mal être chez les enfants en âge préscolaire. En tant que parent, vous êtes la base de sécurité de votre fille, ses repères et son réconfort. C’est pourquoi un lien affectif solide augmente le sentiment de sécurité et diminue l’anxiété.  Dans le même ordre d’idées, lorsque j’interviens auprès de famille aux prises avec des problématiques d’opposition, je suggère que les conséquences ne soient pas reliées à des moments privilégiés avec le parent, tels que ceux présents dans la routine du dodo.  Optez plutôt pour des conséquences qui auront pour but d’être formatrices et responsabilisantes (ramassez les objets brisés qu’elle aura lancés par exemple).

Réservez du temps à votre enfant, faites avec elle des activités ludiques (dessin, bricolage, casse-tête). Passez un petit moment collés sur le divan à regarder un film d’animation, ou tout simplement en lui demandant de vous aider à préparer le souper.

Optez pour des interventions cohérentes, claires et sans argumentation: Dans votre question vous avez mentionné que vous répétez la consigne 3 fois. Je vous suggère plutôt de verbaliser la consigne 1 seule fois, sur un ton neutre, sans colère ni frustration.  Laissez également un délai à votre fille pour acquiescer à la demande effectuée.  Une fois le délai dépassé, si la consigne n’a toujours pas été effectuée, vous pouvez user de la méthode 1-2-3, qui utilisée adéquatement fonctionne relativement bien avec les enfants de cet âge.  Si au compte de 3 la consigne n’a toujours pas été effectuée, vous donnez tout simplement la conséquence et vous passez à autre chose.  Vous n’embarquez pas dans le cercle de l’argumentation et ignorez la crise si tel est le cas.

L’important dans une situation comme celle-là, est de conserver son calme, d’être cohérent dans nos propos et surtout de ne pas avoir pour objectif de «gagner» l’intervention.  Vous avez également mentionné que votre fille avait tendance a lancé des objets en votre direction lorsque vous restez dans sa chambre lors des crises.  Dans de tels cas, je suggère d’effectuer une «coupure physique», ce qui aura pour effet de ne pas maintenir l’enfant dans un état de colère excessive et de frustration (car le parent est généralement une source émotive importante chez l’enfant).

Évitez de parler à votre enfant lorsqu’elle se trouve dans cet état

De toute façon son cerveau n’est nullement disposé à vous écouter et l’escalade de colère ne fera qu’empirer.  Laissez votre enfant dans sa chambre, fermez la porte.  Toutefois, mentionnez-lui que vous êtes derrière la porte et dès qu’elle se sera calmée elle pourra revenir vous voir.  Le but étant ici de conserver un lien avec votre fille pendant la crise, pour qu’elle se sente soutenue et accompagnée dans sa colère et dans sa peine.

Enfin, ne conservez pas d’animosité et de frustration envers votre enfant une fois les crises terminées.  Le lien affectif est primordial, tout comme la cohérence des interventions.

Malgré ces pistes et ces suggestions, n’hésitez pas à faire appel à un coach de votre région si les comportements persistent ou si vous avez des inquiétudes.