L’appel de gratitude

L’appel de gratitude

Vous savez que le domaine de l’entreposage aux États-Unis seulement est un marché de 22 milliards de dollars par année ? Moi-même je n’échappe pas de contribuer à ce marché. J’ai un mini entrepôt rempli comme si ma vie en dépendait et que demain j’allais être confiné chez moi pendant des mois (!!!). Puis il y a les gardes-robes, le sous-sol et quoi encore ! J’ai du stock partout ! C’est étonnant pour moi qui, depuis un bout, aide le monde à classer, organiser et surtout à jeter.

Alors, une fois de temps en temps je retourne à l’entrepôt et je reclasse, re-range, réorganise. Puis je réalise que beaucoup de ces caisses de plastiques, qu’il y a par milliers (je fais vraiment vivre Canadian Tire!), sont remplies de matériel qui appartient aux garçons. Le temps qu’ils prennent leur envol, ils ont mis dans des milliards de caisses de plastique de chez Canadian Tire, tout leur monde et encore plus. Il y a des mondes parallèles j’en suis certain maintenant ! Un jour, ils auront leur appartement et cet entrepôt se videra à 90%. Mais d’ici là je classe, je pousse, je réorganise et le pire…j’ajoute ! Ils arrivent parfois avec des choses qu’ils ne peuvent pas avoir physiquement dans leur vie présentement et ils me disent : « j’peux-tu l’apporter à l’entrepôt ? » (Shit !!!)

Chaque fois je dis la même chose :

1) En as-tu vraiment besoin ? (Question inutile…mais vraiment pour des jeunes hommes qui commencent la vie et pensent vraiment que posséder veut dire moins de souci)

et

2) SVP, classe-le proprement, ne fais pas juste le « pitcher » dans l’entrepôt! (Commentaire inutile…mais vraiment pour des jeunes hommes pour qui, ce qui se trouve dans la prochaine minute est plus intéressant que la minute présente). Alors ils « pitchent » leurs choses dans l’entrepôt et quitte rapidement, car… « F.O.M.O. » est plus présent qu’écouter papa ! Et ils savent très bien que je vais ranger derrière.

Donc un samedi, je me rends à l’entrepôt et je classe, reclasse, pousse et tasse, et tente de faire de l’ordre encore et encore…et je bourrasse, je chiale, je sacre…je suis d’une impatience olympique ! Je fais plus de désordre que d’ordre, je lance les choses dans le fond dans l’espoir qu’ils disparaissent…puis…une divine lumière vient m’éclairer ! Une lumière qui me gèle ! Un spot du St-Esprit ! Et comme juste avant sa mort, je vois ma vie se défiler…ben pas vraiment toute ma vie, mais un moment de ma vie. Un  moment clé !

Je suis dans le sous-sol de la maison de chez mes parents, j’ai 10, 16 ou 24 ans ? Et avec mon papa, je classe mes choses. Et je dois vous dire que j’ai toujours été un ramasse tout. Mais un vrai. Encore aujourd’hui, je suis un fan fini des ventes de débarras et je peux même vous dire que, dans mon chalet, il y a une pièce qui s’appelle « le musée » et c’est vraiment ça la vocation de la pièce. C’est un vrai petit musée de toutes sortes d’antiquités et vieilleries. Ça se visite comme un musée. C’est pour vous dire. J’ai même, pendant un bout de temps, possédé un bain antique sur pied que mon papa gardait dans son sous-sol sans comprendre encore pourquoi !

Donc, je suis dans le sous-sol avec mon papa, qui, de par son métier de globe-trotter n’est pas souvent à la maison et qui aurait surement autre chose à faire.  Lui qui est d’une patience légendaire, classe, pousse, replace, tente de comprendre pourquoi j’ai tout ça, organise, déplace ceci pour mettre cela…puis il s’arrête. Sec. Fait une pause silencieuse. Je reconnais cette pause. Il dira quelque chose d’important. Il prépare une phrase, un conseil, un discours paternel, une citation de son cru…j’attends. Plus rien ne bouge. Même le temps est gêné de faire un pas. Puis il dit avec un soupir.

« Quand tu auras un jour des enfants et qu’ils accumuleront des choses, et que tu auras à faire ce que l’on fait présentement, JE TE DÉFENDS de dire quoi que ce soit. Tu vas prendre ton mal en patience et faire ce que tu dois faire comme papa. JE TE DÉFENDS DE CHIALER !!! »

…fin du discours et on reprend là où on en était. Je pense que c’était re-déplacer mon bain à patte ? Mon papa était et est un homme de peu de mots.

Bien sûr, j’ai pris ce commentaire comme un « je t’aime » d’une autre époque. Mais sans plus.

LOL…

Retour aujourd’hui. Je suis dans l’entrepôt et j’ai cette vision entre deux cri** de tables et mille caisses en plastique de chez Canadian Tire.

Je fais donc la chose qu’il faut faire et j’appelle mes parents sur le champ. Je m’assois sur une des milliers de caisses de plastique de chez Canadian Tire et j’appelle mes parents avec la conviction que c’est aujourd’hui, à 50 ans, que je dois faire cette chose…c’est-à-dire un appel de gratitude. L’appel que tous les parents attendent. Le merci officiel ! Le merci de tous les mercis pour tout ce qu’ils ont fait: endurer, proposer, classer, réorganiser, accumuler. Un merci qui dit qu’après toutes ces années…je viens de comprendre ce que c’est être parent. Je viens de saisir le blanc et le noir. Je comprends.

Merci !

Mon père, pas très heureux avec les choses qu’on appelle les « émotions », écoute. Et ma mère, avec toute sa maternité, écoute aussi mon appel de gratitude et elle brisera le silence avec cette parole qui résume très bien toute cette attente de leur part. Une parole qui, j’espère, incluait le fait qu’ils comprennent que tout ce que j’avais dit ou pensé sur la parentalité avant venait de changer brusquement. Un spin de 180 degrés. Alors ma mère dit avec tendresse et juste un petit sourire dans la voix : « De rien ! »

Voilà tout est dit !


F.O.M.O : Le syndrome FoMO ou La peur de rater quelque chose (FoMO, acronyme de l’anglais fear of missing out) est une sorte d’anxiété sociale caractérisée par la peur constante de manquer une nouvelle importante ou un autre événement quelconque donnant une occasion d’interagir socialement.