Discussion mère-fille vers le sommet!

Discussion mère-fille vers le sommet!

Avez-vous déjà fait de la randonnée pédestre avec vos enfants? C’est un peu comme un long voyage en auto, mais en pire. Après 20 minutes, les enfants se demandent si on arrive bientôt! Sauf que, contrairement au voyage en voiture, ce sont eux qui donnent du gaz! Ils peuvent décider d’avancer… ou pas!

Voici le récit de ma première randonnée en montagne avec mes trois enfants, dont ma plus jeune, qui n’avait pas tellement envie de se rendre au sommet! Une aventure riche en leçons de vie!

« Je suis morte »

Ça ne faisait pas 15 minutes qu’on marchait quand elle m’a dit que c’était pénible. À la blague, j’ai répondu : « T’en fais pas… On ne va quand même pas te laisser mourir de fatigue ! ».
Sur un ton sec, avec son regard perçant, elle m’a lancé : « Mais je suis déjà morte…! ». 

Un peu surprise, j’ai échappé un « Ben voyons ! On vient juste de commencer ». À voir l’expression dans ses yeux, je dirais qu’elle n’a pas apprécié mon commentaire.

Alors, on continue. Et elle aussi : « Pourquoi je dois marcher ? », « Oui, mais j’ai des petites jambes moi… », « Quoi ? Il faut monter jusqu’au sommet ? », « J’ai faim ! », « Mon sac est trop lourd. », « C’est quand la pause ? », « Je suis trop petite pour ça ! », etc.

Elle réussit à nous faire rire avec certaines de ses répliques qui sont vraiment trop drôles. Je confirme qu’elle a beaucoup d’imagination pour essayer de se sortir d’une situation ! Puis, à un moment donné, je fais une blague. Les adultes rient. Pas elle. Je l’entends dire : « En français s.v.p.! Moi aussi je veux comprendre. Ok! ». Sans comprendre, elle s’était quand même sentie visée…

La phase d’encouragements

Pour se reprendre, tout le monde, même son frère et sa sœur, se mettent à l’encourager. Tout le monde lui dit qu’elle est capable, qu’elle sera fière d’elle une fois au sommet, que « ça va bien aller », etc. Pendant au moins 30 minutes, un encouragement n’attend pas l’autre. Tout le monde est en mode « cheerleader »!

Rien n’y fait : son discours devient encore plus négatif. Elle enchaîne les « Je suis vraiment trop nulle » et « Je n’y arriverai jamais » à une vitesse toujours croissante.

Il n’y a plus de sourire sur son visage, ni de lumière dans ses yeux.    

Le drapeau rouge

C’est à ce moment que ma conscience s’allume et que mon drapeau rouge se lève. Mais qu’est-ce que je suis en train de faire là? Je la tire, je la pousse, mais pourquoi? En une fraction de seconde, ma tête et mon cœur font équipe pour tasser mon égo du portrait.

Tu te demandes ce que mon égo vient faire dans cette histoire ? Ce serait long de tout expliquer en détails, mais disons que c’est lui qui menait la marche. Inconsciemment, je voulais faire ce 4,5 km d’ascension dans les temps « moyens ». Je ne sais pas ce que j’avais à prouver ni à qui je voulais le prouver. Mais à cet instant précis, une seule question allait changer le cours de cette randonnée : « qu’est-ce qui est le plus important ici et maintenant ? ».

Le plus important était de vivre une expérience positive en famille. Oui, je voulais que mes enfants atteignent le sommet ! Oui, je voulais qu’ils soient fiers d’eux. Oui, je voulais les voir apprivoiser l’inconfort et surmonter leurs défis. Mais, plus que tout, je voulais que l’expérience soit enrichissante (et non traumatisante !).

Le changement de cap

À ce moment, je ne savais pas si ma plus jeune se rendrait jusqu’au sommet. Mais je savais que je l’accompagnerais jusqu’à « son » plus loin. Sommet ou pas, nous allions toutes les deux vivre cette expérience ensemble.

J’ai encouragé les autres membres de la famille à continuer leur chemin à leur rythme. Je me suis agenouillée devant ma fille et je lui ai dit : « Je sais que tu trouves ça difficile. C’est vrai que c’est une longue randonnée. Mais tu sais quoi ? On va la faire ensemble, à notre rythme. Est-ce que tu veux essayer ? ». Je lui ai tendu la main et elle l’a attrapé. On a marché côte à côte pendant un petit moment.

Puis, je lui ai raconté la fois où j’ai couru mon premier 5 km après plusieurs mois d’entraînement. Cette fois où j’avais à la fois envie d’abandonner et de continuer. Parce que ça faisait mal. Parce que j’avais peur de ne pas y arriver. Parce que c’était trop difficile.

Elle m’a demandé si j’avais finalement terminé ma course. Je lui ai dit que mes larmes de découragement et de douleur s’étaient transformées en larmes de joie au fil d’arrivée tellement j’étais fière d’avoir relevé ce défi. On a parlé de courage, de persévérance, d’efforts…

Puis, elle m’a dit : « Maman, aujourd’hui, j’ai deux défis. Le premier, c’est de marcher avec la joie dans mon cœur. Le deuxième, c’est de monter jusqu’au sommet. »

Son ascension

En l’espace de quelques minutes, elle s’était réapproprié son ascension. Elle ne le faisait plus parce qu’il le fallait. Elle le faisait pour elle. Elle avait maintenant sa propre motivation. Je n’avais plus besoin de la tirer ou de la pousser. J’avais simplement besoin de l’accompagner, de l’accueillir, de la soutenir.

Pendant l’heure et demi qui a suivi, mon privilège a été de partager ce moment avec elle. Elle nous a créé un petit monde imaginaire : parce que nous étions des princesses, la montagne nous offrait des escaliers de roches et des plumes magiques ! Nous devions également tirer notre révérence aux arbres qui se trouvaient au beau milieu de notre chemin. Nous avons inventé des chansons et nous avons salué les oiseaux.

Puis, du haut de ses 6 ans, elle m’a dit :

« Maman, il y a beaucoup de joie dans mon cœur. Ce n’est pas important d’arriver la première en haut. L’important, c’est que je m’amuse et que je passe du bon temps avec ma famille. Je ne veux pas abandonner. Je veux aller jusqu’au bout. Et même si j’ai des plus petites jambes, je sais que je peux y arriver. »

Mon cœur a fondu!

Le sommet

Le reste de la famille nous attendait à quelques pieds du sommet. On a fait le restant du chemin tous ensemble. Ma fille est arrivée en haut tout sourire. On a pris des photos et on a partagé une collation. On s’est fait un gros câlin. Puis, avec des étoiles dans les yeux, elle m’a dit : « J’ai réussi mes deux défis maman ! »

Je savais qu’elle le pouvait. Mais elle devait y croire elle aussi pour y arriver. Je suis convaincue que cette aventure nous servira de point de repère ou d’exemple dans le futur. Je dis souvent que nous sommes la somme de toutes nos expériences vécues. Aujourd’hui, ma fille a fait beaucoup plus qu’atteindre son premier sommet.

Elle a bâti sa confiance en elle. Elle a goûté aux fruits de la persévérance. Elle a fait preuve de courage et de détermination. Elle a respecté son rythme. Elle a surmonté des obstacles dans le plaisir. Elle a transformé son discours interne.

Et moi? Je me suis souvenue que mon rôle est d’accompagner mes enfants sur leur propre chemin, vers leurs sommets respectifs! Et aussi que mon cœur est le meilleur des guides !

Ma leçon personnelle

Durant les jours qui ont suivi, j’ai beaucoup repensé à cette randonnée et à mes échanges avec ma fille. J’ai décidé de partager cette expérience parce que, chaque jour, des montagnes, petites ou grandes, se dressent sur notre chemin. Ce sont des obstacles ou des défis. Notre quotidien en est rempli : le réveil difficile, les chicanes entre frères et sœurs, l’interminable période des devoirs, la guerre des brocolis, les émotions changeantes, les crises… Je pourrais réécrire ce texte dans tous ces contextes !

Il n’y a pas de recette secrète. Il n’y a pas de mode d’emploi. Sur la montagne, j’ai choisi de suivre mon cœur et de vivre le moment présent. Si ma fille continuait la randonnée, je n’étais pas gagnante. Si elle décidait de rebrousser chemin, je n’étais pas perdante. J’étais simplement là, avec elle. Ce n’était pas à propos de moi, c’était à propos d’elle.

Au fond, elle est là ma leçon : lorsque je tourne mon regard vers mes enfants, la réponse de mon cœur vient naturellement! Il ne reste plus qu’à me laisser guider!