• Ils savent tout

    Il le sait. C’est passionnant de voir à quel point il le sait. Non! je corrige ; c’est passionnant de voir à quel point il sait tout. Il atteint la majorité dans deux ans et il sait tout. D’ailleurs, il ne comprend pas pourquoi je m’acharne encore à faire ce drôle de boulot inutile qu’est la « paternité ». Il est même irrité lorsque j’y vais d’un conseil qui pourrait sembler plus un ordre (au fond, C’EST un ordre). Mais il ne veut en rien que je fasse ce que tout bon papa doit faire.

    J’ai compris certaines choses avec mes ados. J’ai compris surtout que lorsqu’ils savent tout, c’est qu’ils veulent nous dire qu’ils commencent à comprendre les choses qui les entourent. Et que, c’est diaphane qu’ils ne comprennent pas tout, mais ils ne veulent pas l’avouer tout de suite, ou le voir tout de suite. Parce que le chemin pour arriver là où ils sont fut tellement compliqué. Ils aiment mieux exprimer qu’ils savent tout et ça leur donne une pause dans ce qui s’appelle « atteindre la maturité ». DEVENIR est tout un travail !

    Aujourd’hui, je suis plus zen avec leurs belles arrogances d’impatience juvénile. Mais il n’en fut pas toujours ainsi…Ooooh non ! Combien de fois j’ai pogné les nerfs à vouloir leur faire avouer qu’ils ne savaient pas de quoi ils parlent et que moi je le savais plus qu’eux! Combien de combats de coqs se sont déroulés dans ma basse-cour entre eux et moi à inutilement faire du : « bin oui, mais non, bin oui, mais non » !?

    Je vois bien que mes ados vont bien. Je vois bien qu’ils n’ont rien de particulier comme gros problème. L’existentialisme dont ils font preuve…bin on est passé par là nous aussi non ? La seule chose que je ne supporte pas…non je corrige ; la seule chose qui m’inquiète est de les voir s’accrocher si facilement au côté sombre de la force.

    Une espèce de « fuck it all » ado.

    Je sais, je sais vous n’avez pas besoin de me le répéter que c’est normal…mais c’est normal avec les ados des autres. Quand c’est les miens, le lien d’amour extraordinaire vient compliquer le travail. Je peux élever vos enfants…les miens, bin c’est une autre job ! Ah l’amour !

    Le besoin de savoir tout, tout de suite chez mes enfants, n’est pas horrible. C’est irritant. Car dans ma planification de papa, dans la description de tâche sur Workopolis, on demande à ce que je sois le coach. Pas le dictateur despotique (quoique j’ai essayé !) Mais juste un coach…qui veut se faire entendre par exemple ! Un coach qui propose des stratégies de jeu. Je ne veux pas qu’ils partent toujours sur une mauvaise piste (sociale, amoureuse, professionnelle) sans que j’aie eu la chance d’intervenir un tant soit peu. Et surtout, ne pas sentir qu’ils pensent que je suis archaïque dans mes conseils et qu’ils ont tout compris. Mais bon…

    Alors, pour bien vivre avec ma paternité d’adolescent j’ai décidé d’accepter que je ne puisse pas tout prévoir, contrôler, prévenir. Je parle. Je conseille. Je sensibilise. Et oui je le fais, même si leur regard au ciel me demande de me taire. Et ensuite j’accepte qu’ils se cassent le nez…en public. Que dans la vie de tous les jours, ils apprennent à la dure, que non ils ne sont pas tout-puissants. Je cite ici un extrait du livre 50 règles que les jeunes n’apprendront pas à l’école: « peu importe ce que dit ton papa, tu n’es pas une princesse » ! (Désolé Yannick).

    Alors, même si j’ai les plus beaux…ils ne sont pas des princes et des génies…mais de sacrés beaux humains !

    Ça doit être ça l’amour. Leur laisser leur place pour devenir !