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Partir en voyage pour finir ses phrases?!

Partir en voyage pour finir ses phrases?!

Quel est le plus grand défi à affronter lorsqu’on est parent? Le plus grand obstacle à surmonter? Plus grand que les erreurs à éviter en faisant le lavage? Plus grand que les entourloupettes à faire aux enfants pour annuler la sortie du samedi qu’on leur avait promise? Un défi, vous dis-je! Et j’ai nommé : finir ses phrases!

Vous, parents, n’avez jamais remarqué qu’il est presque impossible de finir vos phrases en présence des enfants lorsque vous discutez, disons, aux heures familiales ouvrables? J’en suis de plus en plus frustré. J’ai beau leur répéter de ne pas nous interrompre lorsque ma blonde et moi discutons, ils arrivent tout de même comme des affamés devant un buffet pour nous faire part de toutes sortes de choses aussi pressantes qu’une envie de pipi!

Même si la demande de l’un est aussi importante que de venir enlever un morceau de Lego pris dans le nez de son frère, il reste que cette manie de nous couper la parole est frustrante. Et ils sont tout surpris de voir mon regard dire : « Attends! » Et quand un de mes « môssieurs » ose insister, j’ai beau redire doucement que maman et moi parlons, qu’il ne faut pas nous couper la parole, rien n’y fait.

Finalement, la fameuse demande pressante n’en était pas vraiment une! En fait, ce ne sont pas les demandes elles-mêmes qui me gênent. C’est leur fréquence, et surtout le moment où elles sont faites; toujours pendant que ma blonde et moi sommes en train de discuter. Je sais qu’il serait préférable que nous nous parlions le soir, mais même pendant les heures familiales ouvrables, nous avons des choses importantes, sinon agréables à nous dire. Et j’aimerais bien aller jusqu’au bout de mes phrases de temps en temps.

Savez-vous quoi? J’ai réussi! J’ai trouvé la solution. J’ai pris ma blonde sous mon bras et nous sommes partis en voyage. Ou bien est-ce elle qui m’a pris sous le sien? Bref, nous sommes partis loin. Et j’insiste sur le « loin ». Nous avons réalisé qu’il y avait plus de dix ans que nous n’étions pas partis ensemble pour un certain temps. Dix ans à ne pas avoir ma blonde à moi tout seul. Dix ans à ne pas se regarder dans les yeux pendant plus de 48 heures et ne rien faire… Juste s’aimer. Dix ans. Ça fait peur.

Je sais que ce n’est pas facile, avec trois enfants, de partir. Qui les gardera? Comment s’organiser? Mais croyez-moi : quand vous le décidez ce n’est pas de l’ouvrage. Seulement, il vous faut d’abord le décider! Au point d’acheter des billets d’avion avant de planifier le gardiennage. Et c’est à ce moment que vous vous rendez compte qu’il existe autour de vous plus de ressources que vous ne l’imaginiez. Et pouf! Nous sommes partis sept jours seuls, sans enfants. Partis dans un autre pays finir nos phrases.

Nous avons mis dans nos bagages plein de restes de phrases non finies… Et la valise est revenue complètement vide. Wow! Ce fut… Et puis, je me garde une petite gêne! Donc, un beau voyage. Le plus étonnant, c’est que pendant ces sept jours, nous n’avons rien dit de grandiose ni de troublant. Nous avons juste été là, ensemble. Ouf! Et à notre retour, il fallait voir le bonheur sur le visage de la famille. Nous, comme parents, plus calmes, plus heureux, plus détendus. Et eux, comme enfants, plus calmes, plus heureux, plus détendus. Je vous le jure! Tout le monde en a bénéficié.

Je ne crois pas que, dans la vie d’une famille, ce soit absolument nécessaire. Mais essayez-le juste une fois, et vous comprendrez pourquoi j’ai décidé de vous en parler ici. Le plus beau, c’est qu’au retour de ce voyage, nous avons réalisé que ça faisait dix ans, elle et moi, que nous étions mariés. C’est fou, les détails qui nous échappent parfois.
Bonne fête, chérie. Pour l’an prochain, j’ai pensé à la Proven… Quoi Sacha, qu’est-ce que tu veux?

Texte rédigé été 2008