• Moi Monsieur Larocque…

    – « Moi, M. Larocque, j’ai bien réussi mes enfants. Ils sont tous à l’université et ils ont une belle situation. »
    – « Mes enfants, M. Larocque, vont bien, ils sont en couple et ont tous une maison et une bonne job. »
    – « Moi, M. Larocque on a tout sacrifié pour nos enfants, et ils sont tous dans de belles positions. »
    Bravo à vous ! Mais…

    Lorsque je parle de parentalité, il y a beaucoup de parents qui s’empressent à me servir ces phrases. Ces histoires de succès qui laissent l’impression que réussir sa parentalité se limite au succès scolaire et au confort financier de nos enfants. Je comprends que ce soit soulageant mais, je ne ferais jamais la promotion de cette voie comme « La voie » à suivre. Cela en est une parmi tant d’autres. Vous n’êtes pas un bon parent parce qu’il y a un diplôme chez vous ou un bon salaire. C’est juste que ce fût vos valeurs et vous les avez transmises. Sachez que vos enfants ne seront pas plus hauts sur le podium du bonheur.

    Pourquoi entend-on plus rarement :
    – « Moi M. Larocque, mes enfants sont des poètes et des rêveurs. »
    – « Moi je suis fier de les voir faire le tour du monde. »
    – « Moi, M.Larocque, mes enfants ont lâché l’école, n’auront jamais de diplômes et sont tellement heureux et créatifs que s’en est inspirant. »
    – « Moi, mon enfant est un autodidacte extraordinaire, j’en suis fier. »

    Le niveau économique d’un enfant, maintenant adulte, m’importe vraiment peu. Mais, vraiment peu ! Je ne suis en rien intéressé à entendre des histoires de parents qui croient que leur travail est meilleur lorsque l’enfant est à l’université. Les nouvelles des derniers jours sur des parents qui font des pots-de-vin aux universités…ce n’est rien de nouveau.

    Bien sûr, je ne connais pas l’histoire de toutes ces familles, mais je trouve que le message passe mal lorsqu’on laisse entendre, encore aujourd’hui, que réussir c’est « école + argent ». Je tiens ici à dire que je ne suis pas contre les études, bien au contraire. Nous avons de grandes écoles ici, et un corps professoral extraordinaire. Je le crois.

    Mais que pensez-vous de la phrase : « fais de ta passion ton métier » ! Que vous sonne-t-elle ? Il y a un papa que je connais bien, qui se fait un devoir de constamment chercher un article qui va contredire ce que je crois (ma chasse au bonheur l’irrite au plus haut point). Pas ce que je dis…ce que je crois ! Pauvre lui ! L’autre jour, il me mentionne un article d’un « Monsieur important » qui dit que dans la vie vaut mieux avoir un métier. OK, pas un métier qui nous fait tripper, ou un métier qui nous comble. Mais un métier OK, qui rapporte de l’argent et prendre le temps qui reste pour se consacrer à un passe-temps qui nous réjouit. OK, je veux bien croire que la vie n’est pas juste de s’amuser et de rêver. Mais, je suis toujours déçu de voir qu’à chaque fois que quelqu’un parle de bonheur et d’être heureux, il y aura toujours une autre personne pour lui donner un coup de barre derrière les genoux.

    L’éducation réelle n’est pas tant de poursuivre un but qui nous rend heureux mais de faire la promotion du bonheur comme n’étant pas une menace. De commencer maintenant à faire l’enseignement aux jeunes et aux moins jeunes, mais surtout aux jeunes, qu’être heureux n’exclut jamais l’effort, le travail, les soucis et les doutes. Qu’être heureux n’exclut aucun métier. C’est un état dans lequel on peut concevoir vivre tous les jours…dans un métier qui frôle la passion et qui ne donne pas nécessairement du gros argent !

    Alors, quand j’entends que les enfants ont réussi parce qu’ils ont un Doc…je suis curieux de savoir s’ils sont heureux. Faites le tour des petits cafés de Montréal et demandez aux propriétaires ce qu’ils faisaient avant…vous aurez beaucoup de jeunes adultes qui vous diront : « J’ai complété un diplôme pour faire plaisir à mes parents, puis j’ai ensuite poursuivi mes rêves ». Je vous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, 80% des Québécois et des Québécoises n’aimaient pas leur travail… statistiques à l’appui!

    « C’tu juste moi… »?