• Papa je ne suis pas d’accord avec certaines de tes idées !

    Voilà ce que mon aîné m’a servi un soir après un souper ou les discussions fusaient. Il a pris le temps de me le dire tranquillement avant de quitter la maison avec une certaine inquiétude dans la voix. Il avait peur de me faire de la peine, que cette déclaration allait me choquer ou me laisser l’impression qu’il tentait de s’éloigner de moi. Enfin ! Bref, il ne voulait pas me blesser.

    Mon premier sentiment était une déception de le voir me parler avec une certaine retenue. Pourtant avec le souper que nous venions de vivre, je fus étonné de le voir hésitant. Oui, une déception, parce qu’il me semble que depuis toujours j’ai voulu que mes gars se sentent libres de tout me dire. Oh que oui ! Il y a des jours où j’aurais aimé ne pas leur passer le don de la parole, d’avoir des enfants qui prônent le silence et la contemplation. Il y a des matins où je me serais bien contenté de trois moines bouddhistes ! Donner des mots, du vocabulaire, des idées c’est une chose. Cependant, donner l’espace pour tester le nouveau matériel, c’est autre chose. Je sais que ça fait partie de mon mandat de papa. Mais enfin, vous comprenez que lorsqu’ils savent tout, tout le temps…parfois je prie pour du silence.

    Ce soir-là en particulier, les mots prenaient beaucoup de place. Chacun de mes gars tentait de placer ses idées, sa vision, ses sentiments et ses opinions. C’était un souper, ma foi, explosif de discussions ! Les gens qui ne nous connaissent pas trop auraient pu croire que nous nous chicanions. Même moi, à un certain moment, j’avais des doutes sur les intentions de mes trois débatteurs !

    Une fois la soirée terminée, on fait la vaisselle, on ramasse et hop ! Les enfants reprennent leurs activités personnelles et mon plus vieux, qui reste en résidence, devait rentrer pour étudier.

    Sur le seuil de la porte, il hésite un peu avant de quitter la maison et me dit avec une certaine gêne que je ne lui connais pas : « Je ne veux pas que ça jette un froid entre toi et moi, mais tu sais, je ne suis pas d’accord avec tes idées parfois, même souvent ! ». Et le pauvre, il me l’annonce comme une mauvaise nouvelle.

    Sans faire ni une ni deux, je réplique en lui disant : « Mais c’est une excellente nouvelle ! » Son regard change et son corps reprend un peu confiance. Je poursuis : « C’est une très bonne nouvelle ça mon fils. Tu me dis que finalement tu trouves ta voie, ton chemin. Tu m’annonces que tu prends possession de ta vie. C’est au contraire une excellente nouvelle. Jamais, je n’ai souhaité créer des adultes identiques à moi. Jamais, au grand jamais, je n’ai voulu faire des clones qui répètent ce que je pense. Mon chéri, tu trouves ta voie à toi. Tu trouves tes idées. Contrairement à ce que tu crois, tu me fais un grand plaisir. Tu sais, je vais continuer à croire ce à quoi je crois. Je peux encore défendre bec et ongles mes idées sans aucun problème. Et tu te dois de faire pareil. Comme dirait le philosophe : « Je mourrais pour que tu puisses exprimer tes idées, même si je ne suis pas d’accord avec elles ». Tu as 20 ans et la vie est à toi. Tu dois faire ton chemin. Avoir ses idées, c’est une richesse, un cadeau » !

    Ce fut une très belle accolade que nous nous sommes faite, lui et moi, juste avant qu’il sorte. Je venais de le libérer d’un poids. Bizarre non ? Où avait-il bien pu développer cette idée ? Je vais faire plus attention à ma façon d’exprimer mon désaccord avec mes enfants pour ne pas qu’ils croient que je possède la vérité. Je sais que j’ai le droit de veto lorsqu’ils sont mineurs, ce qui pourrait laisser une mauvaise impression parfois. Mais, sinon…enfin, je vais y voir.

    Une dernière chose par contre ai-je dû ajouter avant qu’il parte (père un jour…) : « Tu sais, ne laisse pas de côté le respect dans toute cette aventure. Reste quand même ouvert aux idées des autres. Parfois, tu y trouveras des petits morceaux de bon sens qui te feront avancer. »

    Et, il est parti content. Je sais très bien que je n’avais pas nécessairement à ajouter ce dernier commentaire. Mais, peut-être que je me parlais à moi aussi ?