• La différence sans indifférence : Si on développait plus de confiance et de bienveillance?

    La différence. Voilà un thème dont nous entendons parler quasi quotidiennement. On dit, depuis des lustres, que chacun est unique. Pourtant, la différence dérange! Elle nous rend mal à l’aise. Elle nous fait peur. Plus démystifiée que jamais, elle est de plus en plus défendue, de plus en plus affirmée.

    Abordée d’une façon positive et glorieuse par certains ou, à l’opposé, sous un angle beaucoup plus sombre par d’autres, les nuances sont nombreuses! Il faut dire que chacun a sa propre expérience de la différence et que celle-ci ne représente pas les mêmes défis pour tous. Il y a des différences visibles et des différences invisibles. Certaines semblent plus acceptées, d’autres plutôt mal-aimées. Il est définitivement facile de s’y perdre!

    Chose certaine, la différence est un sujet qui soulève les passions! Et, qu’on le veuille ou non, elle fait partie de nos vies, parfois de près, parfois de loin. Quoi qu’il en soit, elle ne nous laisse pas indifférent. Je nous lance, à nous, parents, un appel à la réflexion et à l’action! Parce que chaque fois qu’une personne change son regard sur la différence, il y a une personne différente qui change son regard sur elle-même. Ce sont donc plusieurs vies qui peuvent être positivement transformées par un simple changement de perception. Sommes-nous prêts à faire cette différence? Voici mes six clés pour aborder le thème de la différence en famille et, ainsi développer plus de confiance et de bienveillance.    

    Être prêt

    Quand nous avons un enfant différent ou si notre enfant côtoie des enfants différents, nous pouvons prendre un peu d’avance et nous préparer à répondre à ses interrogations. Les mots que nous utilisons sont puissants, alors mieux vaut être prêt! Par exemple : « c’est bien d’être différent » n’aura probablement pas le même impact que « ce n’est pas grave d’être différent ».

    Quand mes enfants parlent d’eux-mêmes ou des autres, souvent de façon comparative, ma réponse est presque toujours la même! Comme un vieux disque, je leur répète : « Nous avons tous les mêmes besoins, mais nous ne les exprimons pas tous de la même façon et nous n’y répondons pas de la même façon non plus! ». J’ajoute « Il y a des moments où certains de nos besoins peuvent être plus présents ou plus intenses. Parfois c’est pour une courte période. D’autres fois, ça dure plus longtemps. »

    Puis, je leur donne des exemples de notre vécu personnel : comment ils exprimaient leurs besoins quand ils étaient petits, comment ils ont appris à marcher ou à parler, ce qu’ils aimaient, etc. Ainsi, je leur démontre que nous sommes tous différents, que nous avons nos façons bien à nous de penser, d’apprendre et de faire les choses, que nous avons chacun nos préférences, notre rythme, nos forces, nos défis, etc. Souvent, je leur demande de me donner d’autres exemples à partir de ce qu’ils ont vu ou vécu.

    Parler cœur à cœur

    Nos enfants sont généralement de fins observateurs et de véritables petites épongent : ils voient, ils entendent et ils ressentent bien des choses, de l’ordre du visible et de l’invisible. Ils ne sont pas toujours capable de mettre des mots sur leurs observations ou sur leur ressenti. Ils ont parfois besoin d’aide pour mieux comprendre et, surtout, pour donner un sens à ce qu’ils pensent ou ressentent.

    C’est là que nous, parents, avons l’opportunité d’ouvrir le dialogue. Parce que la pire chose, au fond, est d’éviter le sujet et de laisser notre enfant refouler ses questions ou ses perceptions et, ainsi, de nourrir des idées et des émotions qui teinteront sa relation à la différence.

    Évidemment, leurs questions peuvent être maladroites et peuvent même nous rendre mal à l’aise. Si c’est le cas, nous pouvons les aider à les reformuler d’une façon plus respectueuse, mais il n’est pas toujours nécessaire de le faire. Parfois, le mieux est simplement de permettre à l’enfant de s’exprimer. Si notre enfant ne veut pas en parler, nous pouvons lui rappeler que nous sommes là si son besoin change. L’essentiel, est qu’il se sente accueilli.  

    Quand notre enfant souhaite parler d’une particularité d’une autre personne ou de sa différence, nous pouvons l’inviter à en parler en lui signifiant que nous sommes à l’écoute. Nous pouvons privilégier des questions ouvertes : « Toi, tu vis ça comment? », « Tu la décrirais comment ta/sa différence? », « Comment tu te sens par rapport à ça? », etc. Rien de sert de devancer l’enfant, car nous risquons de répondre à des questions qu’il ne se pose pas encore! Le mieux est d’y aller au rythme de ses réflexions ou de ses perceptions.

    Évidemment, Il arrivera des fois où nous ne saurons pas quoi répondre. C’est correct! Dans ce cas, nous pouvons retourner la question à notre enfant : « Hummm… C’est une bonne question ça. Toi, qu’est-ce que tu en penses? ». Nous pouvons aussi expliquer à notre enfant que nous avons besoin de temps pour réfléchir à sa question. L’important, c’est de lui revenir avec une réponse!

    Offrir son soutien

    Être différent, avoir un ami différent, penser qu’on est différent, se sentir différent… Il y a toute une gamme d’émotions qui accompagne ses réflexions! Et c’est parfois là que ça s’embrouille! Ils auront certainement besoin de nous pour les aider à travers les petits et les gros débordements émotionnels qui risquent de se présenter.

    Un jour, mon fils m’a dit : « Maman, tu dis que nous sommes tous uniques. Mais moi, je suis plus différent que les autres. Je le sais. C’est tout. » Mon cœur s’était serré et je retenais mes larmes de maman émue. Il se peut aussi que nous ne soyons pas prêts à aborder un sujet précis. À ce moment, nous pouvons tout simplement accueillir les émotions et les questions de notre enfant sans y répondre. Les enfants ont par-dessus tout besoin d’être entendu et notre présence apportera du réconfort. De plus, si la discussion devait se poursuivre, elle sera encore plus significative une fois les émotions apaisées, autant pour eux que pour nous.

    Offrir son soutien, c’est aussi chercher des solutions avec notre enfant quand il se sent moins bien : « Toi, qu’est-ce que tu as envie de faire? Comment tu veux régler cette situation-là? ». Nous pouvons faire un inventaire des possibilités : « Quand il se passe telle chose, quelles sont tes options? À qui est-ce que tu peux en parler? Qu’est-ce que tu peux faire? ».

    Quand ma fille revient à la maison en pleurs parce qu’elle a vu quelqu’un se moquer d’un autre enfant, nous prenons un moment pour parler de l’émotion qu’elle vit. Puis, lorsqu’elle se sent mieux, nous discutons du scénario de la prochaine fois : « Si ça se reproduit, comment veux-tu réagir? Que veux-tu faire? ».

    Voilà de belles façons de développer la confiance et la bienveillance chez notre enfant! Parfois, notre soutien n’est pas suffisant. Nous ne devrions jamais hésiter à faire appel à de l’aide : CPE, garderie, école, organisme communautaire, intervenant familial. Il existe des ressources pour nous aider à soutenir nos enfants.

    Partager notre histoire

    Nos anecdotes personnelles sont concrètes et peuvent être une belle source d’inspiration ou de réconfort pour nos enfants. C’est très révélateur de partager les défis que nous avons relevés, les difficultés auxquelles nous avons été confrontés et, surtout, comment nous nous sommes senti et comment nous avons réagi. C’est tellement rassurant pour nos enfants de savoir qu’ils ne sont pas seuls!

    Je me souviens d’un souper où ma fille avait raconté que certains élèves riaient de ceux qui aidaient les élèves des classes d’adaptation scolaire. Je leur ai raconté que, plus jeune, j’étais cette élève qui faisait parfois rire d’elle parce qu’elle aidait les autres. Je leur ai partagé ce que je répondais et je leur ai même montré la posture que je prenais, ce qui a bien fait rigoler mes enfants! Puis, nous l’avons pratiqué en famille.

    Si nous n’avons pas d’histoire, nous pouvons aussi utiliser celle des autres! Il y a des tonnes de livres inspirants sur la différence, sur la confiance, sur le courage d’être soi, sur l’entraide, etc.

    Renforcer nos valeurs

    Quand il est question de différence, nous avons un double défi : développer la confiance de notre enfant pour qu’il puisse affirmer pleinement qui il est et développer sa bienveillance à l’égard de lui-même et des autres.  

    Voilà une belle occasion de discuter de nos valeurs personnelles et familiales! En identifiant ce qui est important pour nous, nous développons notre identité profonde. Il devient alors plus facile de ramener les choses à soi et d’agir en cohérence avec nous-mêmes : Qu’est-ce qui est important pour moi? Qu’est-ce qui fait du sens pour moi?  Qu’est-ce que je veux réellement? Est-ce que cela me convient?

    Régulièrement, je demande à mes enfants de me nommer trois choses qui rendraient le monde meilleur. À partir de leurs réponses, nous faisons une liste des actions possibles à poser, puis nous nous engageons à en mettre quelques-unes en pratique durant la semaine. Au souper, nous discutons des opportunités qui se sont présentées durant la journée. Les avons-nous saisis? Aurions-nous pu agir autrement? Est-ce que notre geste a été aidant? Est-ce que notre attitude reflétait nos valeurs?

    J’aime particulièrement profiter de cette occasion pour mentionner mes propres apprentissages et leçons. Par exemple : « Aujourd’hui, je pense que j’ai raté une belle occasion d’aider quelqu’un. J’étais trop gênée de lui offrir mon aide… ». J’attends un peu et, généralement, les enfants me bombardent d’idées et de commentaires. Sans s’en rendre compte, ils développent leur concept de confiance et de bienveillance à travers mes péripéties! 

    Être un exemple

    En tant que parent, il nous arrive tous de nous reconnaître à travers les gestes, les paroles ou l’attitude de notre enfant. Et ce, pour le meilleur ou pour le pire! Nos enfants apprennent beaucoup en nous observant! Chaque jour, nous transmettons des messages à travers nos réactions, que ce soit conscient ou non. Nos enfants, avec leurs petites antennes, captent tout cela. Et ils le répètent. Ils ne savent pas nécessairement si c’est bien ou si c’est mal : ils ne font que reproduire ce dont ils ont été témoins.

    Je dis souvent que tout part de nous. Quelles sont nos réactions face à la différence? Avons-nous certains préjugés? Faisons-nous preuve d’ouverture et d’empathie? Sommes-nous inclusifs? Nous comportons-nous comme nous aimerions voir nos enfants se comporter?

    Cette introspection peut être un point de départ intéressant pour faire une différence! Parce qu’au fond, ça ne prend qu’un geste de compassion pour créer une chaîne de bonté et un monde plus unifié! Alors, qu’allons-nous nourrir à partir de maintenant? Comment allons-nous développer plus de confiance et de bienveillance?

    Je nous souhaite une belle réflexion individuelle et collective!