Cliquez ici

Prévention du suicide : quand l’enfance traverse une zone de turbulence

Prévention du suicide : quand l’enfance traverse une zone de turbulence

Avertissement : cet article porte sur un sujet sensible qui peut susciter des réactions et des émotions chez le lecteur.

Il y a quelques années, un de mes enfants traversait une période plus difficile. J’observais, chaque semaine, des changements dans son comportement et dans son attitude. Comme il vivait une transition importante, j’attribuais ces changements à une phase « normale » d’adaptation et d’ajustement. Un soir qu’il ne se sentait vraiment pas bien, il a fait une grosse crise. Puis, il m’a dit : « Maman, je voudrais me jeter dans la poubelle. Je ne veux plus vivre… » Mon garçon avait 5 ans.

Si mon cœur de maman était toujours prêt à recevoir les confidences de mes enfants, cette fois, j’avoue qu’il a presque cessé de battre. Alors qu’une partie de moi était en train d’évaluer la portée de ces paroles et l’urgence d’agir, une autre était figée et se demandait comment cela pouvait être possible. Comment mon « bébé » pouvait-il se sentir si mal au point de ne plus vouloir exister ?

Quelques années plus tard, un autre de mes enfants a traversé lui aussi une période plus sombre. Cette fois, c’est moi qui ai choisi de lui poser LA fameuse question : « Est-ce que tu as des idées noires ces temps-ci ? » Sa réponse fut spontanée et tout aussi déstabilisante : « Oui. Des fois, je voudrais juste que tout s’arrête… » Ma fille avait 11 ans..

À ce moment, mes enfants ignoraient que j’avais moi-même perdu ma petite sœur qui était décédée des suites d’un suicide. Elle n’avait que 13 ans. Je savais donc que la détresse des enfants pouvait les mener jusque-là. C’est une réalité qui, bien souvent, nous dépasse. Pourtant, la souffrance de nos enfants est bien réelle et il me semble primordial d’en parler, encore et encore.

Pourquoi les jeunes veulent-ils en finir ?

Les enfants et les adolescents sont soumis eux aussi aux aléas de la vie : situations difficiles, changements importants, violence, abus, conflits familiaux persistants, troubles de santé mentale, maladie, intimidation, peines d’amour, rejet, expériences traumatisantes, etc.

Ces facteurs de risque peuvent entraîner de la souffrance, de la détresse et du désespoir. Face à cette accumulation, les jeunes se mettent graduellement à croire qu’il n’y a plus d’issue, qu’il n’y a plus de solution possible. Ils ont l’impression de perdre le contrôle de leur vie. Et ils développent petit à petit un sentiment d’impuissance qui s’accompagne parfois du sentiment d’être un fardeau pour les autres..

C’est souvent lorsque ces pensées deviennent persistantes et envahissantes que les jeunes développent des idées suicidaires.

Comment cela peut-il se manifester ?

Divers changements dans leur comportement peuvent être observés : sautes d’humeur plus fréquentes, colères plus intenses, tristesse persistante, agitation, évitement, perturbation du sommeil, changements marqués au niveau des habitudes de vie, isolement, perte soudaine d’intérêt ou de motivation, etc.

Certains jeunes le manifestent de façon plus marquée, d’autres de façon beaucoup plus subtile. C’est pourquoi il est important de rester à l’écoute de notre petite voix intérieure. En cas de doute, mieux vaut en parler que de rester silencieux..

Certaines expressions glissées ici et là peuvent aussi être un bon indicateur de l’état d’esprit de nos enfants, par exemple :
« Ça ne sert à rien. »
« Vous seriez mieux sans moi. »
« De toute façon, personne ne va s’ennuyer de moi. »
« Ça ne vaut même pas la peine d’essayer. »
« Personne ne m’aime. »

Évidemment, ces mots ne sont pas à prendre à la légère. Ils devraient être perçus tels des drapeaux rouges qui indiquent que quelque chose ne va pas. Mieux vaut alors briser la glace et poser la question directement à son enfant : « Est-ce que tu penses au suicide ? ». Si la réponse est oui, les questions « comment », « où » et « quand » peuvent nous aider à déterminer quelle action entreprendre[1].

Dans tous les cas, même en l’absence d’idée suicidaire, ces manifestations restent de bons indicateurs : notre enfant traverse fort probablement une période plus difficile et il a besoin de nous.

Quoi dire à son enfant ?

Quoi dire quand on est sous le choc, quand on se sent dépassé et qu’on ne sait même pas quoi faire ?

Pourquoi ne pas commencer par « merci » ? Ce mot si simple aura certainement un effet rassurant et accueillant :
« Merci de m’en avoir parlé. Je ne savais pas que tu vivais des choses aussi difficiles en ce moment. »
« Merci de me partager ce que tu vis en ce moment. Ça prend du courage pour nommer tout ça. »
« Merci d’être venu vers moi. C’est important de parler quand on ne se sent pas bien. »

Surtout, on évite de dédramatiser, de juger, de diminuer, de repousser, de nier ou de se moquer. Même si on pense que notre enfant est trop jeune, qu’il a tout pour être heureux ou qu’il n’ira jamais jusque-là, rappelons-nous que sa détresse est réelle. Il est venu vers nous parce qu’il a confiance en nous et parce qu’il a besoin de nous.

À cet instant précis, il est inutile de lui proposer mille et une solutions. C’est le moment de prendre le temps, de le rassurer, de lui dire que nous sommes là et qu’il n’est pas seul. C’est le moment de lui offrir un espace où il peut se déposer en toute sécurité. C’est le moment de l’écouter, d’ouvrir nos oreilles et notre cœur. « Dis-moi tout au sujet de… » : c’est ma phrase préférée pour délier la langue des enfants !

C’est aussi une bonne occasion de lui demander ce dont il a besoin et ce qu’il attend de nous. Est-ce qu’il veut du réconfort ? Du repos ? Des conseils ? De l’aide ? En parler ? Est-ce qu’il se sent à l’aise d’en parler avec nous ou est-ce qu’il aimerait plutôt rencontrer un professionnel ?

Si votre enfant n’est pas de nature très bavarde, il peut être intéressant d’utiliser d’autres médiums qui pourraient l’aider à s’ouvrir plus facilement : textos, lettres, messages vocaux, dessins, etc. Après tout, il existe de nombreuses façons de communiquer!

Comment le soutenir ?

C’est sans aucun doute le meilleur moment pour passer en mode « être » plutôt que « faire ». Soyons présents, disponibles, accueillants et bienveillants. Passons du temps de qualité ensemble. Notre enfant a besoin de sentir que nous sommes là, que nous croyons en lui peu importe les émotions et les pensées qui l’habitent.

D’ailleurs, nous pouvons convenir d’un code secret ou d’un petit geste particulier à faire lorsque ça ne va pas. Un peu comme un « signal d’alarme ». On peut aussi dresser une liste de toutes les choses qui lui font du bien lorsque ses pensées s’embrouillent, ainsi qu’une liste des personnes et des ressources qui sont là pour le soutenir (amis, famille, intervenant, lignes d’aide, centres d’aide, etc.).

Attention! Si le risque d’un passage à l’acte est assez élevé, il est important de bien s’entourer et de demander de l’aide. Rappelons-nous que notre enfant a besoin de nous comme parent. Pour l’écouter, le réconforter, le rassurer, l’envelopper de tout notre amour. Nous pouvons le soutenir et l’accompagner sans pour autant devenir son intervenant.

Surtout, n’oublions pas qu’il est tout aussi important de prendre soin de nous et d’exprimer nos propres émotions ! Si nous voulons rester disponible et alerte pour nos enfants, il est indispensable de penser à nous aussi et, parfois, d’aller chercher du soutien pour nous-mêmes. Paroles de maman !

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE…

Par téléphone : 1 866 APPELLE (277-3553)

Par clavardage ou texto : www.suicide.ca

[1] De très bons conseils pour les proches sont disponibles sur le site suicide.ca :
https://suicide.ca/fr/je-minquiete-pour-un-proche/parler-du-suicide-avec-un-proche.