• L’homme moderne n’a-t-il qu’un demi cerveau ?

    “Il faut me pardonner, vous voyez, je n’ai qu’une

    moitié de cerveau : je suis un homme…”

    Cette phrase destinée à mettre un brin d’humour dans ce groupe où personne ne se connaissait, a plutôt semé en moi un certain trouble. Quelque chose en moi s’est mis à protester devant cette boutade apparemment anodine. Et elle pourrait l’être si elle ne s’inscrivait pas dans un contexte social où l’homme est rabaissé à répétition dans les médias et dans la vie courante depuis que le féminisme a réussi à libérer les femmes d’une foule de carcans limitatifs… Et ne vous méprenez pas: je suis une fervente féministe, pour autant qu’il permette aux femmes de reprendre leur juste place et faire respecter leurs droits bafoués depuis la nuit des temps… Mais je suis d’abord et avant tout, humaniste: je crois à l’unicité de chacun, chacune, au potentiel unique et irremplaçable de chaque être humain. C’est donc dire à quel point je suis de plus en plus irritée par cette image dévalorisante de l’homme moderne où il se retrouve dans le rôle de l’innocent, maladroit et asservi à la femme… De nos jours, il est de bon ton de mettre en valeur l’intelligence féminine — ce qui j’en conviens est une excellente chose. Mais de le faire en laissant croire à la stupidité de l’homme, c’en est une autre !

    Je vous suggère l’exercice suivant: choisissez une pub mettant en vedette un couple, et inversez les rôles… Inutile de vous en suggérer une, à peu près n’importe quelle fera l’affaire ! Il y a de fortes chances qu’il vous saute aux yeux qu’une telle publicité soulèverait un tollé en moins de deux de la part des femmes, et avec raison !!!

    Mais les hommes au contraire, acceptent de plus en plus volontiers cette diminution , voir cette ridiculisation de leur genre… Et si, quelques-uns osaient s’en plaindre, ils seraient vite taxés de misogynes-dépourvus-de- sens-de-l’humour. Mais ce dont je vous parle ici, dépasse l’humour selon moi. C’est un phénomène trop largement présent pour que ce ne soit pas un symptôme de notre société mal-en-point.

    Il est donc de bon ton de traiter les hommes en sous-hommes, à la blague, avec leur complicité en prime. Comme si d’accepter l’humiliation avait le pouvoir de racheter les siècles d’abus que leurs ancêtres ont fait subir aux femmes… Fausse route. Le mal n’appartient pas au genre, il appartient à des individus, hommes ou femmes.

    Et que dire de nos garçons qui grandissent dans cette société qui méprise nos hommes ? Qu’ont-ils fait ces enfants pour qu’on permette que leurs dons si précieux soient bafoués, mis au rancart ? Peut-on vraiment se permettre de négliger l’une ou l’autre des moitiés de l’humanité dans ce monde où toutes l’ingéniosité et les ressources intérieures de chacun sont nécessaires pour la prospérité… si ce n’est la survie de l’espèce humaine, voir de la planète ? Qui sommes-nous pour juger que les qualités féminines sont supérieures à celles des hommes ? Je crois sincèrement que nous gagnerons à établir une réelle complémentarité entre les pôles masculins et féminins, dans toutes les sphères de la société, mais aussi et je dirais même d’abord, en chacun de nous.

    Et je vous encourage chers hommes à prendre votre place. Regroupez-vous, dénoncez cette image qui vous ridiculise et vous amoindrit. Redécouvrez et faites la promotion de ces richesses qui sommeillent en vous ! Certes, vous n’êtes plus des pourvoyeurs et beaucoup d’entre vous êtes dégoûtés par la soif du pouvoir, la tyrannie et la violence caractéristiques de certains représentants de votre genre. Mais vous êtes infiniment plus que ce que l’histoire des hommes nous a enseigné ! Vous êtes ces hommes qui consacrent une partie de leur vie à une cause qui leur tient à coeur. Vous êtes ces hommes qui entreprennent, dirigent, découvrent, dénoncent, expérimentent, innovent. Vous êtes ces conjoints émus devant la force d’une femme qui met au monde un enfant. Et vous êtes ceux qui versent une larme le regard plongé dans celui d’un nouveau-né. Je vous ai vus dans ce que vous avez de plus noble. Vous méritez qu’on vous traite avec dignité.

    Faites-le pour vous, mais aussi pour vos fils. Pour nos fils. Qu’ils n’aient pas à subir le poids des erreurs passées de leur genre. Qu’ils aient des modèles d’hommes debouts, main dans la main avec les femmes qui les accompagnent, pour le plus grand bonheur de toute l’humanité…